Enquêtes et Anecdotes de Riton Lacapuche, enseignant-chercheur !

Riton Lacapuche, enseignant-chercheur de renom, passe son temps libre à résoudre moult mystères ! Et ce, grâce à son intellect surpuissant, voire inégalable !

29 octobre 2009

Récapitulaschtroumpf des enquêtes et anecdotes (bis)

Bonsoir (ou bonjour si vous regardez ce billet en différé de l'heure où il a été concocté), enfin bref coucou tout le monde !

En attendant de poster de nouvelles histoires - l'échéance sera plus ou moins longue en fonction de mon emploi du temps mais également de mon inspiration trépidante (ou pas) - je vous propose de patienter en (re)découvrant la deuxième série des aventures de Riton, qui s'est achevée avec Les taxes Hirouge. Les titres se sont cette fois inspirés des albums bullés, non pas d'un célèbre reporter à houppette, mais d'un petit garçon très fort et très gentil créé par Peyo. Voici la liste et les liens des 13 enquêtes et anecdotes correspondantes :

Essuie-glaces et coups fourrés (3 parties)

Le cirque Bourboni (2 parties)

Les dix dauphines (3 parties)

Frank Frank

Tonton Philibert (2 parties)

Les douze traîneaux de Riton Lacapuche

L'histoire de la désunion (3 parties)

Hold-up au Crédit Bulle (3 parties)

Le secret de l'aubépine

La route du Sud (4 parties)

Madame Angéline (4 parties)

Le postiche (3 parties)

Les taxes Hirouge

Et pour les retardataires vraiment attardés et en retard, le lien direct (sans passer par la prison ni la case départ) pour accéder à la première saison de Riton, si l'on veut comparer cela à une série de télévision huppée. Riton Lacapuche avec pour acteur principal Riton Lacapuche, avouez que ça aurait son charme !

A très vite j'espère, et merci de suivre ce blog.
Votre dévoué ami, Riton.




Posté par Fantaroux à 01:32 - Annonces au lectorat - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

14 octobre 2009

Les taxes Hirouge

Que les malandrins qui croyaient que j’étais en vacances s’auto-flagellent avec des orties campagnardes ! La raison de ma longue absence est en réalité due à la rentrée universitaire, qui offre son lot de difficultés insurmontables si l’on ne prend pas le temps nécessaire pour les résoudre.
Outre les préparations de cours – j’en ai prévu un de toute beauté sur le rôle du chiendent dans la culture occidentale – et les problèmes administratifs à s’arracher les cheveux - ou pour moi à se décoller la moumoute – j’ai été sollicité à plusieurs reprises par ma hiérarchie afin de donner mon avis sur différentes questions.

La dernière sollicitation en date, qui est l’objet de mon intervention du jour, fut celle de celui qu’on appelle le doyen du département d’Histoire, en raison de son âge avancé d’abord, mais aussi et surtout parce qu’il est le directeur de l’unité de formation et de recherche (UFR), et donc qu’il ne faut pas rigoler avec lui sinon pan-pan fesses-fesses. Enfin, ceci était surtout vrai il y a quelques années car depuis quelques temps, il perd un peu la tête.
Toujours est-il que, fort de son autorité et de son prestige, Fernand Hirouge, c’est son nom, abordât avec confiance son dernier entretien avec moi. Il voulait me présenter sa dernière idée de réforme, une parmi tant d’autres que nous appelons entre collègues les taxes Hirouge, car nous trouvons cela drôle. Oui, nous nous contentons parfois de peu.

Croyant qu’il faisait appel à moi pour mon expérience et mon génie connu de tous, je dus rapidement déchanter, ce qui est évidemment une image étant donné que je ne chante jamais en sa présence, et je chante d’ailleurs très peu, même quand je suis seul. Mais je m’égare d’Austerlitz.
S’il m’avait convoqué dans son bureau, c’est parce que sa dernière idée me concernait de près. En effet, sa dernière lubie était d’interdire tout accessoire de beauté dans l’enceinte de l’université, et ce disait-il pour « appliquer la transparence du monde politique au monde universitaire ». En d’autres termes, il voulait que tout le monde assume sa personnalité, y compris son physique. Finis le rouge à lèvre pour les enseignantes, les lentilles pour les myopes, et a fortiori la moumoute pour Riton. Telles étaient entre autres ses volontés. Les réfractaires au règlement se verraient obligés de payer une taxe de cinq euros par jour, plus un paquet de gâteau pour son goûter de seize heures.

Vous comprendrez alors mon indignation à l’idée de me promener nu-tête dans les couloirs, ou d’acheter des petits Lu à un grand-père. Sous le coup de la colère, je me mis à lui dire qu’il était totalement à côté de la plaque, que sa décision était despotique et qu’il se permettait ça parce qu’il était laid comme un poux, qu’il n’avait plus un poil sur le caillou, et qu’il n’était du coup pas choux du tout.
Il se mit alors en boule, tel Sonic le hérisson, que je ne connais pas mais que mes étudiants ont en mémoire, et il m’expliqua que ce retour au naturel, en vogue avec le mouvement écologiste actuel, était nécessaire pour une bonne image de l’université. Je compris alors qu’il était complètement décati et gaga, telle Lady, que je ne connais pas mais que mes étudiants n’arrêtent pas d’écouter.
Je décidai alors de mettre un terme à notre discussion, en sachant de toute manière que son idée ne serait jamais acceptée par les membres du conseil d‘administration de l’université, que je ne connais pas, et mes étudiants non plus.
Pour bien terminer, je décidai de lui envoyer cette merveilleuse réplique dans les oreilles, sans passer par la Poste : « Vous me comparez à une cruche ayant besoin de s’immerger, et vous faîtes bien car tant va la cruche à l’eau qu’à la fin elle se casse ! ». Et je partis, le laissant bouche-bée dans ses babouches.

Je viens d’apprendre que suite à cette proposition, le doyen a été envoyé en maison de retraite. Giscard, Balladur et Jacques Balutin vont en baver, ayons une pensée pour eux.
 
FIN.

Posté par Fantaroux à 00:21 - Enquêtes et Anecdotes - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

16 septembre 2009

Retour du blog !

Bientôt...

 

(Quel suspense machiavélique, digne d'un tour du sorcier Gargamel. Les longues vacances universitaires étant terminées, je vous prépare quelques billets divertissants).
Bien amicalement,
Riton.

Posté par Fantaroux à 15:02 - Annonces au lectorat - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

24 juin 2009

Le postiche (3/3)

Finalement, je décidais de soudoyer un gamin niais qui passait par là avec son ballon. Je lui glissais un petit billet dans la poche en lui disant qu’il en aurait un autre s’il envoyait son ballon dans la fenêtre de Basile Tondu, et restait ensuite près de la porte. « C’est pour faire une blague à un copain », lui dis-je. Le petit imbécile goba mon histoire et s’exécuta ! Caché derrière une poubelle, j’attendais la suite des événements. Oui, pour l’héroïsme on repassera mais je vous dis zut.

La porte ne tarda pas à s’ouvrir et Basile Tondu sortit dans la rue, visiblement très énervé. Je le reconnus à sa voix mélodieuse et à sa corpulence, c’était bien le voleur de moumoutes ! Tout se passait plutôt bien, autrement dit il s’était mis à la poursuite du petit gamin qui avait pris peur en le voyant, quand soudain ce dernier signifia à Tondu que c’était « le monsieur caché derrière la poubelle qui lui avait demandé d’envoyer le ballon ». L’idiot ! Tondu détourna son regard vers moi, juste au moment où je m’apprêtais à entrer chez lui à la recherche de preuves. Coincé, je m’apprêtais à passer un sale quart d’heure car l’homme m’avait reconnu et commençait à retrousser ses manches…

Coup de pot (d’échappement), nous entendîmes une voiture déambuler à toute vitesse dans la rue, c’était la police ! Le visage de Tondu passa de la colère à la peur, et il commença à détaler comme un lapin en criant : « Chauve qui peut ! ».
C’était de circonstance. Il était lui-même totalement dégarni, ce qui ne fut plus mon cas quand la police me rendit ma moumoute, après avoir rattrapé le gredin. David récupéra également la sienne, et nous retrouvâmes un peu de standing. Quant à l’horrible petit gamin, il eut le toupet de venir me réclamer le deuxième billet que je lui avais promis, et je dus me résigner à lui donner. Il me signala que mes cheveux avaient repoussé rapidement, ce qui fit rire les policiers.

Mais venons-en au fin mot de l’histoire, avant d’écrire le mot fin. Basile Tondu avait été atteint très tôt de calvitie lui aussi, sauf qu’il était légèrement dérangé. Il s’était mis dans la tête qu’il fallait laisser faire la nature et rester chauve, et pour cette raison il ne s’était rien mis sur la tête. Il avait alors développé une haine féroce contre tous les porteurs de moumoutes et autres postiches, et il avait souhaité éradiquer ces objets du démon de la surface du globe. Pendant plusieurs années, il avait observé les passants et savait sans se tromper reconnaître une moumoute perdue dans une foule de cheveux véritables. C’était une sorte de sixième sens chez lui.

Nous trouvâmes dans sa chambre des posters de Jean-Pierre Coffe, Fabien Barthez et Monsieur Propre, ainsi que d’autres moumoutes volées, qui furent envoyées aux objets trouvés.
Le comble pour ce pauvre homme, c’est qu’il avait un cheveu sur la langue et un nom sujet aux moqueries et aux sobriquets, tels crâne d’œuf ou crâne d’obus. Quelques jours plus tard, il fut interné et nos moumoutes purent à nouveau vivre en paix. J’avais une fois encore permis la résolution d’une enquête improbable, et mes faux-cheveux en frisottaient de plaisir !

FIN.

Posté par Fantaroux à 14:26 - Enquêtes et Anecdotes - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

18 juin 2009

Le postiche (2/3)

Halte-là malandrin ! C’est de cette manière que je décidai de l’interpeller. L’homme, un peu surpris par mon anticipation, se reprit vite ! Après m’avoir répondu qu’il préférait qu’on l’appelle paltoquet, l’insolent personnage s’approcha de ma moumoute. Nous nous empoignâmes alors, tels deux gladiateurs antiques s’apprêtant à lutter jusqu’à la mort. Nous n’allâmes pas jusque-là. En effet, le gros machin était costaud et il m’envoya valdinguer à l’autre bout de la rue, après m’avoir mis un gauche. Pardonnez mon langage peu soigné, mais je suis encore sous le coup de l’émotion. Ma moumoute n’ayant pas résisté au choc, il l’empoigna et se mit à courir en la brandissant tel un trophée.

Piqué au vif, je me relevai en un clin d’œil, et commençais la poursuite. Ha ha, il ne savait pas que j’avais gagné la course à pied de mon collège, quand j’étais adolescent ! De plus, s’il était robuste, il peinait un peu à se traîner. Cela n’empêcha pas cet animal de me semer (ma jeunesse est quand même assez lointaine) au bout de quelques minutes, et je le perdis de vue à l’angle d’une petite rue. Il était très certainement entré dans l’une des habitations avoisinantes.
J’avisais alors une cabine téléphonique, appelais à mon bureau dans lequel, par chance, David se trouvait déjà, et lui disais de me rejoindre de toute urgence rue des rasoirs, avec la police. Tout en raccrochant, fier de mon ingéniosité, je me disais qu’il faudrait que j’investisse un jour dans ce que mes congénères appellent un portable avant que ces braves cabines salvatrices ne disparaissent à jamais dans les abîmes de notre société corrompue et malfaisante, et non je n’en fais pas trop.

Après cette réflexion personnelle aussi intéressante qu’un week-end à Vierzon, je décidais de ne pas rester inactif et de commencer à chercher seul la maison dans laquelle mon agresseur avait pu trouver refuge. J’entrepris alors de lorgner sur toutes les sonnettes, avec l’idée un peu folle que les noms que j’y lirais m’aideraient. Jeanne Chanterelle, Hector Gentil, Didier Lamouche et Yvette Paupiette n’avaient pas des noms de bandits. Soudain, mon sang ne fit qu’un tour lorsque je m’arrêtai devant le numéro 41. « Hum, Basile Tondu, rue des rasoirs, voleur de moumoutes… tu brûles, Riton, tu brûles ! »
Je sais bien qu’au même titre que l’habit ne fait pas le moine, le nom ne fait pas le larron, mais quand même, la coïncidence était troublante. « Tant pis, j’entre ! », me dis-je alors, en sachant que je prenais le risque de pénétrer chez un brave homme et d’avoir l’air ridicule, ou bien de tomber nez-à-nez avec un gros costaud patibulaire. J’avoue que la deuxième perspective m’enchantait moins…

Ceci étant dit, si la coïncidence était frappante, je me devais d’entrer sans frapper. En effet, je pouvais difficilement sonner à la porte maintenant qu’il avait vu mon visage. J’aurais pu essayer d’enrouler mon écharpe autour de mon crâne chauve et me faire passer pour un fakir indien, mais cela n’aurait pas collé. Primo, l’homme ne m’aurait sans doute pas laissé rentrer, deuxio, je n’avais pas de planche à clous pour me rendre crédible et tertio, ce n’était pas très discret.
Une autre idée était d’aller chercher une échelle pour grimper sur le toit et passer par une petite lucarne entrouverte. Mais ça, c’était bon pour les films et leurs cascadeurs.
La dernière idée était plus sûre puisqu’elle consistait à attendre sagement l’arrivée de David et de la police, mais je ne pouvais m’y résoudre. Je devais tenter quelque chose… cette histoire avait réveillé mon instinct d’aventurier si peu perceptible en temps normal, et je me sentais l’âme d’un héros.

A suivre...

Posté par Fantaroux à 16:06 - Enquêtes et Anecdotes - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

10 juin 2009

Le postiche (1/3)

Vous n’êtes pas sans savoir que j’ai en ma possession une moumoute, de premier choix d’ailleurs, importée de chez de Raoul Poileucaillou, le spécialiste des faux-cheveux installé à Montaxy. Ce postiche fait désormais partie de moi, et il est du reste devenu un des signes caractéristiques de ma personnalité. Riton Lacapuche, c’est un enseignant-chercheur, un cœur qui bat, deux jambes et autres calembredaines anatomiques, mais avant et par-dessus tout une moumoute !
Bien sûr, j’ai essayé de la dissimuler comme j’ai pu au début, comme tout néophyte de la postiche qui se respecte. C’était sans compter sur les coups de vents intempestifs, les tempêtes venteuses, ou les jours de distraction, qui bien des fois me firent arriver à la faculté avec la moumoute de travers ou à l’envers.
Depuis, j’ai appris à vivre avec, et elle me sert d’arme psychologique. Parfois, certains étudiants, horrifiés, la voient hanter les couloirs de l’université, la veille d’un cours avec moi, et ils s’enfuient épouvantés. « Houuuuu, je suis la moumoute de Ritooooooooon, je veille à ce que tu prépares bien ton exposéééééé, vil cheveluuuuuu ! » Le délire de mes étudiants drogués va parfois très loin.

Si je vous parle de ma moumoute de luxe, l’élément primordial de mon apparat personnel, c’est parce que cet objet est au centre de l’enquête que l’on m’a confiée pendant les grèves. Eh oui, pendant que mes étudiants saugrenus et certains de mes confrères manifestaient dans la rue, le brave et honnête citoyen que je suis aidait un contemporain dans l’embarras.
David Maramille, un jeune collègue rencontré lors d’un colloque sur les aspirateurs mexicains à ventricule réfrigérant, a lui aussi investi très tôt dans un postiche, suite à un problème persistant de chute des cheveux, rencontré par un grand nombre de malheureux dont on ne parle pas assez. Or, il y a bientôt deux mois, alors qu’il marchait tranquillement dans la rue, un agresseur plein de graisse l’agressa. Le gros malfrat, dissimulé derrière un masque, lui arracha sauvagement la moumoute et, pris d’un rire démentiel, il s’enfuit à vive allure.

Le hasard avait fait que ce crime avait été commis à quelques pas seulement de chez moi. David s’était alors empressé de venir me raconter ce qui s’était passé. En bon camarade, je lui prêtais une moumoute de rechange et lui promettais de l’aider à retrouver son bien.
Qui pouvait bien s’intéresser aux moumoutes plus qu’aux portefeuilles ? Le mystère était entier.

Le lendemain, je faillis recracher ma verveine sur mes tartines beurrées. Je venais de découvrir dans le journal qu’un autre vol de moumoute avait eu lieu dans la même journée. L’homme masqué et son embonpoint avaient récidivé ! La victime était un présentateur de télévision que je ne peux voir ni en peinture, ni à l’écran, et je me disais que ça lui était bien fait, ce qui est mal mais humain. Tout de même, me disais-je, cela devient grave. Je commençais même à m’inquiéter pour ma propre moumoute. Après avoir rassuré cette dernière en lui donnant un coup de peigne, je finissais de me préparer et partais pour mon bureau à l’université, que nous avions décidé de transformer en QG avec David, le temps des grèves. J’emportais le journal avec moi, en espérant qu’il nous aiderait dans notre enquête.

Le temps dehors était agréable, mais le vent soufflait assez fort, et ma moumoute était repérable, ce qui ne me rassurait guère par les temps qui courraient, ou au vu du climat du moment, comme vous voulez, mais assez parlé de météo.
Alors que j’approchais du campus universitaire, je vis soudain s’approcher de moi un gros plein de soupe, affublé d’un masque de carnaval… j’allais devoir jouer serré…

A suivre…

Posté par Fantaroux à 00:17 - Enquêtes et Anecdotes - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

03 juin 2009

Madame Angéline (4/4)

Nous profitâmes du repas pour faire plus ample connaissance, et j’étais heureux de constater que le courant passait plutôt bien entre nous. Des mots diverses et variés se glissèrent dans la conversation, comme par exemple parents, chien, naissance, ciseau, serpillère, moderne, rideau, Marx, voiture, URSS, alcool, col de chemise, pédérastie, infusion, contemporaine, Johan et Pirlouit, caissière, lampe torche, cerf-volant, aérosol, spartiate, Elvis Presley, amphithéâtre, chocolat, papillon, ancienne, Michel Drucker, pelouse, exposé, ceinturon, avenir, photographie, Tintin, saucisson, médiévale, aérogare, mouchoir, allumettes, rhododendron, frisottis et bien d’autres qui pourraient remplir la page entière et terminer l’histoire si j’étais fainéant.

Au fur et à mesure que nous mangions, et surtout qu’elle me servait à boire alors que je n’avais pas vraiment l’habitude de l’alcool, nos langues se déliaient. Quand la soirée fut bien avancée, d’autres mots se glissèrent dans la conversation, tels que amour, copain, copine, célibataire, aussi, tiens, rigolo, toi, moi, intéressant.

Cette histoire aurait pu bien se terminer, c’était même mon souhait le plus cher. J’aurais fini par l’embrasser tendrement, elle aurait fait la même chose, nous nous serions retrouvés dans le même lit, à deux mètres de la table de cuisine, à faire des choses que beaucoup prennent plaisir à faire. Nous aurions ri, nous nous serions échangés de petits regards complices, et puis on se serait séparé le lendemain, le cœur en fête, avec un prochain rendez-vous déjà en tête, dont on ne connaissait pas l’issue mais ça n’avait pas d’importance.
Malheureusement, la vie n’est pas toujours bien faite et les contes de fée sont parfois vite terminés.      

Pour qu’il y ait fusion, il faut deux éléments. Or, Angéline n’en avait pas envie. J’eus beau lui déclarer ma flamme, certes maladroitement, elle me répondit qu’elle n’était pas intéressée, à part bien sûr pour une amitié.
Peut-être aurait-elle été d’un autre avis si j’avais su lui exprimer tout ce que je pouvais ressentir, mais ça m’était impossible. Je n’aurais jamais pu trouver de mots assez forts. Alors je dus me résigner, et je sus qu’il me faudrait l’oublier, et attendre encore, peut-être une éternité, avant d’éprouver de nouveau une telle sensation.

Je ne pouvais pas la forcer, mais j’étais dévasté. Quelques semaines plus tard, elle se trouva quelqu’un. Nous nous sommes perdus de vue. Mais je sais qu’ils vécurent heureux, c’est le journal qui me l’a appris.
Cet homme qui avait pris ma place, et que j’avais tellement envié, cet homme se retrouvait maintenant veuf. Si cet épisode m’est revenu, c’est pour cela. J’ai lu ça ce matin. La maladie s’est une fois de plus insérée dans la rubrique nécrologique.

Avec le temps, j’avais fini par ne plus souffrir, mais cette nouvelle me rappelle à côté de quoi je suis passé. Combien de fois ai-je pu la revoir, m’ouvrir la porte de chez elle en peignoir ?
J’ai longtemps attendu d’éprouver une sensation similaire envers quelqu’un d’autre, j’ai longtemps espéré… mais je commence à croire que ça ne viendra jamais…

Si un jour vous croisez un enseignant-chercheur dans la rue, qu’il ressemble à l’un de ces bonshommes qui tiennent des blogs sur internet, et que vous distinguez sur son crane une de ces choses artificielles qui masquent la calvitie… peut-être aurez-vous alors, un peu de compassion ?

FIN.

Posté par Fantaroux à 00:01 - Enquêtes et Anecdotes - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

27 mai 2009

Madame Angéline (3/4)

Si l’annulaire est l’ami des mains, l’annuaire est l’ami des malins ! C’est pour cette raison que je l’ouvris afin de repérer le nom d’Angéline. Je l’avais évidemment retenu en même temps que son prénom, mais je ne vous le dévoilerai pas pour des raisons évidentes de discrétion et de respect de la vie privée. Sachez simplement qu’elle ne s’appelait pas De Touraine, et heureusement car la géline de Touraine n’est autre qu’une poule noire très laide. C’était l’instant « documentaire » de l’histoire.

Le doigt posé sur son numéro de téléphone, je décrochais mon combiné et entendais bientôt Angéline m’adresser un splendide et inattendu :
« Allo ? »
-Allo, Angéline ? C’est Riton à l’appareil, je voulais te demander ton adresse, tu as oublié de me la donner tout à l’heure !
-Oh oui c’est vrai, excuse moi ! C’est au bip rue des bips !
-Parfait, merci, j’arrive dans 15 minutes !
-D’accord… mais j’y pense, où as-tu trouvé mon numéro de téléphone ?
-Dans l’annuaire, pardi !
-Ben alors, mon adresse est indiquée à côté du numéro, non ?
-… »

Je prenais quelques instants pour digérer ma honte carabinée et oublier les rires moqueurs de mon interlocutrice, et je filais en réajustant une dernière fois cet insupportable col de chemise. Je ne me rendais évidemment pas au bip rue des bips, mais à une adresse on-ne-peut-plus normale. Vous aurez compris (sauf les plus atteints d’entre vous, et je sais qu’ils existent) qu’une fois encore, je cache ce renseignement pour des raisons évidentes de discrétion et de respect de la vie privée.

Je m’étais tâté un moment pour savoir si je devais lui amener quelque chose, mais je me disais que pour un exposé, ça pourrait paraître louche. Je préférais donc y aller les mains vides, en espérant ne pas commettre de nouvelles gaffes, ce qui serait déjà un beau cadeau. A l’heure prévue, je sonnais à sa porte.

Elle m’ouvrait alors, et je devenais tout rouge. Prise par le temps, elle sortait tout juste de la douche et était venue m’ouvrir en peignoir, les cheveux encore mouillés, et les pieds nus. Jamais elle ne m’avait paru autant vulnérable, et jamais elle n’avait été aussi craquante. Si j’avais dû me fier uniquement à mes hormones, et non à la raison, je lui aurais très certainement sauté dessus, tel un mort-de-faim encore vivant pour pouvoir sauter sur quelqu’un.

Elle me fit patienter dans le salon, qui était dans la même pièce que la cuisine et la chambre, pour ceux qui auraient oublié que nous étions tous les deux étudiants. Pendant ce temps, elle finissait de se préparer, et surtout de s’habiller, dans la salle de bains water-closets.
Ensuite, nous parlâmes pendant plusieurs minutes des pédérastes spartiates, ce qui aurait pu paraître étrange à quelqu’un qui aurait surpris notre conversation sans savoir que c’était le sujet de mon exposé.

Une fois les formalités estudiantines terminées, elle me proposa de rester dîner. C’était une aubaine pour moi, et j’acceptai immédiatement, derechef de cuisine, si je puis dire ! Conséquence de tout cela, je ne tardais pas à avoir la gorge sèche et une boule au ventre permanente. L’instant de vérité s’approchait…

A suivre...

Posté par Fantaroux à 00:42 - Enquêtes et Anecdotes - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

20 mai 2009

Madame Angéline (2/4)

« Salut… Riton, c’est bien ça ? dit-elle.
-Oui Angelénine, heu Angéline.
-Wouah, tu connais mon prénom ?
-Oui, heu, je l’ai retenu quand tu es passée en exposé. Tu avais été formidable.
-Ah, merci ! Justement je voulais te parler de ça ! C’est bien toi qui es passé hier ?
-Oui, tout-à-fait.
-Je n’ai pas pu venir et, heu, je voulais savoir si tu pouvais m’aider à rattraper en me donnant ton texte.
-Ah bon, tu n’étais pas là ? Et pourquoi ? Heu je veux dire quel dommage ! Bien sûr que je peux te donner mon texte. 
-Hi hi hi. Très bien, alors. Tu l’as sur toi ? Sinon tu peux passer chez moi à l’occasion, je n’habite pas très loin d’ici.
-Ah, je veux bien car je l’ai laissé sur mon bureau.
-OK. Ben passe ce soir si tu veux, vers 19h ça te va ?
-Oui, très bien, merci, heu super. J’aurai fini mes recherches sur les anticonformistes péruviens du Bengladesh en 1923, d’ici là ! Je préfère de loin la période contemporaine à l’ancienne ! Un jour je serai professeur !
-Ha ha, ok ! Eh bien à tout à l’heure !
-Oui. »

Inutile de vous dire que je n’étais pas fier de moi. Non seulement j’avais bafouillé comme un mouflon sans corne devant elle, mais en plus je lui avais menti effrontément puisque j’avais encore le manuscrit de mon exposé dans mon sac. Seulement, l’occasion était trop belle de la côtoyer en dehors de la fac, chez elle qui plus-est ! Au diable l’honnêteté pour une fois, me disais-je !

Je rentrais chez moi peu avant 18h pour avoir bien le temps de me préparer. Quelques coups de peigne sur mes cheveux véritables plus tard, je n’avais pas encore de moumoute à l’époque, bénie soit-elle (l’époque, pas la moumoute), je passais des vêtements propres, ajustais mon col, nettoyais mes lunettes, réajustais ce satané col, mettais du « sent-bon » et m’apprêtais à partir chez elle.

Soudain, mon sang ne fit qu’un tour ! Ce n’est pas parce qu’il était fatigué, non, mais je venais de me rendre compte que dans le feu de la conversation, j’avais complètement oublié de lui demander où elle habitait. Elle aussi d’ailleurs, avait oublié de me préciser son adresse, ce qui était un peu idiot mais prouvait qu’elle était bien humaine, et qu’elle ne venait pas de la planète Mars pour séduire les jeunes étudiants afin de les étudier pour les services secrets de sa région.

Je me voyais déjà en haut de l’affiche, en dix fois plus gros que n’importe qui mon nom s’étalait. J’arrête là la digression sur Aznavour, c’était juste pour voir si vous suiviez, et juste pour vous mettre cet air enquiquinant dans la tête, hi hi, le Riton se fait farceur quand les beaux jours arrivent.

Bref, je me voyais déjà, à notre prochaine rencontre que j’espérais imminente, nous fourvoyer en excuses lamentables et reporter notre rendez-vous, en prenant soin de ne pas oublier l’adresse cette fois-là… Non, il me fallait trouver autre chose…

A suivre...

Posté par Fantaroux à 00:03 - Enquêtes et Anecdotes - Commentaires [10] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

13 mai 2009

Madame Angéline (1/4)

Je n’ai jamais été très loquace sur ma vie sentimentale, pour la simple raison que celle-ci n’a jamais été très étoffée. La fleur de l’âge, celle de ma jeunesse, ne fut pas une rose magnifique mais plutôt un cactus hostile, si vous voyez ce que je veux dire. C’est au cours de ces années où je n’étais encore qu’un simple – mais talentueux – étudiant, qu’une rencontre universitaire changea mon existence à jamais, pour la vie, et jusqu’à ce que mort s’en suive.

Elle s’appelait Angéline, et je tiens à dire de suite qu’elle n’était pas issue d’un croisement barbare entre Michel-Ange et Line Renaud, même si elle roulait dans une voiture de cette marque. Evidemment, ça en jetait moins que d’autres modèles plus luxueux, mais ça n’avait pas d’importance. C’était sa simplicité qui me charmait, tout comme son sourire, ses yeux coquins, ses cheveux toujours bien en place, sa fine bouche et son front populaire… tout chez elle frôlait la perfection.
Le jeune garçon que j’étais à l’époque, peu sûr de lui à part pour les choses de l’Histoire, était troublé par sa personnalité, sa joie de vivre, sa beauté extérieure et intérieure. En un mot, enfin en un verbe, elle m’attirait.

Durant mon adolescence, je n’avais pas suivi le chemin qu’empruntent la plupart de mes collègues masculins. J’étais resté seul dans mon coin, tout timide que j’étais, et personne n’avait réussi à me faire sortir de ce cocon. Aucune demoiselle ne m’avait assez émoustillé pour que je franchisse le pas, et je regardais avec dégoût et indifférence, tous ces beaux-parleurs mâles qui n’avaient qu’une envie, tenir la main d’une jolie femelle.

Cette sensation, je la ressentais enfin. Je comprenais alors pourquoi tous les tombeurs de ces dames me paraissaient idiots et détestables au lycée. Jamais auparavant, ma pensée n’avait été accaparée de la sorte pour quelqu’un, à tel point que je me sentais mauvais dans tout ce que j’entreprenais. Je ne cessais de penser à elle. Le matin sous la douche, je l’imaginais avec moi. Elle partageait également mon petit-déjeuner, m’accompagnait dans le bus et s’abritait avec moi sous un parapluie en arrivant à la fac. Si Angélique était marquise des anges, Angéline était la marquise de mes songes.

Nous ne nous étions jamais vraiment parlé. Je me contentais de m’asseoir non loin d’elle, en classe, lorsque sa présence était bien réelle. J’avais retenu son nom lorsqu’elle était passée au tableau pour un exposé. Son éloquence m’avait ébloui, et en dix minutes, j’étais devenu incollable sur les philosophes antiques de Phrygie Hellespontique, ce qui était un bel exploit de sa part tant ce sujet pouvait me barber. Depuis, je me suis rasé, mais cette période continue de m’ennuyer.

Vint ensuite le jour où je dus présenter à mon tour mon travail d’exposé. J’avais hérité d’un magnifique sujet sur la pédérastie spartiate, et je m’étais entraîné deux jours durant, afin d’être le meilleur possible le jour J. Ce n’était pas vraiment pour les yeux du prof teigneux et désagréable qui devait nous noter, mais pour ceux d’Angéline, que j’espérais impressionner secrètement. C’était l’occasion rêvée pour me mettre en avant et tâcher de lui taper dans l’œil, sans lui faire trop de mal bien évidemment.
Ce fut un moment exécrable. Ma note finale fut bonne et la classe entière fut impressionnée, mais je m’en fichais éperdument. Angéline n’était pas venue…

Le lendemain, encore déçu par cette fatalité désopilante, je me rendais à la bibliothèque, le cœur triste. C’est alors que je la vis, assise seule à une table, et que je faillis tomber dans les pommes lorsqu’elle me sourit, et me fit signe d’approcher…

A suivre...

Posté par Fantaroux à 00:44 - Enquêtes et Anecdotes - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

06 mai 2009

La route du Sud (4/4)

« Ha ha ha ! On savait que tu mordrais à l’hameçon ! », répéta Arthur, qui commençait à radoter à cinquante ans à peine. J’étais bien triste pour lui mais je lui répondais qu’il l’avait déjà dit, et qu’au surplus nous n’étions pas à la pêche.
« Ha ha ha ! fit-il. Tu fais pourtant un gros poisson… ou plutôt… un sacré pigeon ! »
Il commençait à m’énerver avec ses « ha ha ha ! » à répétition, et son humour idiot. Gontran, qui me connaissait depuis plus longtemps, s’en aperçut et proposa de me conduire jusqu’à la chambre où je devais loger.
« J’emmène le poisson-pigeon de Coccinelle dans sa chambre !
-Ha ha ha ! »

En chemin, il m’expliqua toute la supercherie. Il avait hérité de cette magnifique demeure depuis peu, et avec le concours d’Arthur, il avait décidé de me jouer un tour. Etant donné qu’il savait que j’étais un des seuls enseignants-chercheurs à regarder, souvent par dépit, les différentes brochures publicitaires près des machines à café, il avait fait glisser un prospectus mensonger près de la machine de mon département (pas le géographique mais l’universitaire, hein, je dis ça pour les ignares), en espérant attirer mon attention.
C’était réussi et, bien qu’un peu vexé de m’être fait rouler comme un débutant, je finissais par prendre cela à la rigolade, et je me disais que, finalement, cette semaine de vacances ne serait pas plus désagréable qu’une autre, en compagnie de ces deux farceurs des Carpates.

Effectivement, je ne fus pas déçu. Il se trouve que Gontran avait équipé la villa de fort belle manière, et qu’elle offrait un confort des plus confortables, et un plaisir des plus plaisants pour les plaisanciers que nous étions.
La fin de cette première journée, nous la passâmes à jouer au billard, ce qui nous donna l’occasion de réutiliser nos vieilles queues. Ce fut très sympathique.
Le lendemain soir, nous profitâmes de la piscine chauffée qui se trouvait à l’intérieur de la villa. Je me revois, avec mon maillot rose bonbon, poursuivre à la nage mes deux chapardeurs de compères qui avaient chipé ma moumoute de bain. Plus agréable, je me souviens également des trois jolies créatures que Gontran avait eu la bienveillance de faire venir à nos côtés, et qui auraient appris à nager à un manchot cul-de-jatte ayant peur de l’eau. Vous excuserez cette remarque grossière, mais elle me permet de ne pas évoquer les événements encore plus grossiers qui se produisirent en fin de soirée. Ils nous donnèrent eux aussi l’occasion de réutiliser nos… enfin, heu, hum, voilà voilà, hé hé.

Chaque jour passa très vite, tant nous nous amusions. Un après-midi, alors que je sirotais tranquillement une verveine au bord de la piscine, vêtu de ma chemise hawaïenne et de mes lunettes de soleil, comme dans les films, j’en profitais pour discourir de mes recherches sur les vaches aztèques avec Arthur, le spécialiste des vaches laitières des plaines du pôle sud, comme chacun sait s’il suit ce blog. De bon conseil, l’homme me redonna vite confiance. Je me permis d’ailleurs une petite blague, en espérant lui arracher un de ses « ha ha ha ! » dont il a le secret. Bien lancé, et sûr de mon jeu de mot, je lui confiais que j’étais heureux d’être venu en train pour retrouver deux boute-en-train.
Cela ne le fit pas rire. Bah, ce n’était pas cet échec qui allait freiner mon entrain, si j’ose dire.

Le moment tant redouté des adieux arriva. Je remerciais mes deux collègues pour ce séjour étonnant et inoubliable à Coccinelle-la-Jolie. Ragaillardi, j’étais fin prêt à retrouver mes étudiants.
Le lendemain, je donnais un cours à une bande d’hurluberlus, qui étaient tous bronzés du visage sauf au niveau des yeux, et qui sentaient encore le fromage fondu.

FIN.

Posté par Fantaroux à 00:34 - Enquêtes et Anecdotes - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

29 avril 2009

La route du Sud (3/4)

Coccinelle-la-Jolie est un village qui mériterait, à l’instar de Grateloup, Cassaniouze ou Arnac-la-Poste, de figurer dans l’Association des communes de France aux noms burlesques et chantants, authentiquement fondée en 2003. Malheureusement, lorsque je mis les pieds sur le sol coccinellien, je dus très vite déchanter. La pluie et le froid étaient arrivés avec moi… Une chance, j’avais gardé mon imperméable le temps du voyage et je commençais à me dire que je n’allais pas l’enlever de si tôt.

Un taxi m’attendait patiemment, à l’arrêt, mais c’est normal pour une voiture d’attendre patiemment. L’homme qui était à l’intérieur, le chauffeur en gros, m’avait hélé en me montrant une pancarte avec mon nom, comme dans les aéroports. Pour un peu, je serais passé sans le voir, désorienté que j’étais par la vue du mauvais temps. Il avait deviné que ce devait être moi à la vue de mes bagages. En effet, j’étais le seul voyageur à porter une si grosse valise à cette période de l’année, et j’avais tout sauf l’air d’un autochtone.

Durant le trajet, nous parlâmes de la pluie et du beau temps, enfin surtout de la pluie, avec le chauffeur, qui s’appelait Christian, et qui ma foi était bien brave. J’appris alors avec effroi que ce mauvais temps s’était installé depuis maintenant trois jours dans la région.
« Oh oui c’est un vilain temps, ça, Monsieur ! Mais au moins, là où je vous emmène...
-Le soleil brille !!! lançais-je spontanément, rassuré et enjoué ! »
Il fit un petit regard surpris. 
« Ah, ça j’en sais rien, dit-il, mais vous serez en bonne compagnie ! Je ne les connais pas mais ils ont l’air de bien s’amuser, je les écoutais ricaner lorsqu’ils m’ont téléphoné ! »
Je réalisais soudain que je ne m’étais même pas renseigné sur mes deux compagnons de vacances. Je les connaissais peut-être, après tout. Le monde est petit dans le milieu universitaire. Une légère appréhension m’envahissait alors à l’idée de tomber sur certains casse-pieds. Bah, j’allais bientôt être fixé…

Christian s’arrêta devant un portail aussi gris que les nuages du ciel. Il klaxonna à plusieurs reprises et, quelques instants plus tard, nous pouvions pénétrer dans la cour. Le lieu était imposant et à l’abri des curieux grâce à une enceinte murale assez haute. La verdure dominait allégrement le paysage. Assez glauque et humide compte-tenu du temps, il devait être magnifique à la pleine saison.
C’est justement ce « il devait » qui m’inquiétait un peu. Le microclimat annoncé était une chimère, j’en prenais maintenant pleinement conscience. Mes jolies chemises ne serviraient pas, et j’allais devoir ruser pour ne pas me faire avoir davantage. Toutefois, un élément me rassurait, c’est l’état de villa. Vue de l’extérieur en tout cas, elle était magnifique. Peut-être ses occupants avaient-t-ils un soupçon d’honnêteté ? C’est ce que j’espérais sincèrement.

Un homme s’approcha alors de nous, c’était sans doute lui qui avait ouvert le portail. Il portait une casquette et je ne le reconnus pas tout de suite. Mais lorsqu’il fut à deux mètres de moi et releva la tête en riant de tout son sou, je reconnus Gontran des Capucines, mon collègue spécialiste des chambres à air gastéropodes du Népal amérindien, qui m’avait invité à déjeuner lors de l’épisode malheureux du lotus rose. « Comment vas-tu Riton ? dit-il en me tapant sur l’épaule.
-Ha ha ha ! On savait que tu mordrais à l’hameçon ! »
L’homme qui avait dit ça se tenait sur le porche d’entrée et il n’était autre qu’Arthur de la Brave-Vache ! La folle équipée du lotus rose était de nouveau réunie…

A suivre…

Posté par Fantaroux à 10:38 - Enquêtes et Anecdotes - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

22 mars 2009

Oui !

Aujourd'hui, un billet d'humeur musical !

pet_shop_boys_yes

Fantaroux étant en grève, il m'a conseillé en attendant son retour d'écouter le tout nouvel album des garçons d'animalerie, ceux que l'on appelle Pet Shop Boys en temps normal. Il s'intitule "Yes" et sera en vente à partir de demain chez tous les (bons) disquaires.
Il me l'a proposé, dit-il, car les deux membres du groupe sont réputés pour leur pop mélancolique, servie par des textes intelligents. Ce dernier mot m'a particulièrement touché.

J'ai pensé que cela pourrait en intéresser certains, d'autant plus que le groupe est fortement boudé par les médias français qui préfèrent promouvoir les jeunes étoiles montantes, et souvent filantes, de la variété ou nouvelle scène française, parfois raporisée et r'n'bisée. Il est vrai que la pop anglaise n'est pas vraiment diffusée par les radios françaises, qui ont sans doute peur du ridicule qu'engendrerait une comparaison entre les deux pays.

Autre avantage, les deux membres du groupe (Neil Tennant et Chris Lowe) ont voulu faire un album "frais" et "positif" (pour une fois), et c'est plutôt sympathique étant donné le contexte actuel. Ce serait dommage de passer à côté.

Alors pour ceux qui veulent écouter ce groupe à part, qui officie depuis 25 ans, et qui a été fraîchement récompensé par un Brit Award pour sa "contribution exceptionnelle à la musique", il suffit de cliquer sur les titres en suivant ce lien.

L’avis rapide de Riton (aidé par Fantaroux) sur chacun des titres :

01. Love etc.
Premier « simple » de l’album, très efficace avec sa belle mélodie et sa réflexion bien sentie sur l’amour. « Don’t have to be beautiful, but it helps ! ».
10/10

02. All over the world
L’hymne de l’album, rythmé, entêtant et simple, avec de belles cordes et une réhabilitation de l’ami Tchaïkovski en prime. Très loin d’être casse-noisettes, ce titre !
09/10

03. Beautiful people
Johnny Marr (ancien de The Smiths) à la guitare et à l’harmonica, et jolie ballade à l’arrivée. Titre le plus « rock » de l’album.
08/10

04. Did you see me coming ?
La chanson la plus simple de l’album, la plus pop. Son titre fait penser à un film « olé-olé » et ses paroles sont rigolotes : «You don't have to be in Who's Who to know what's what » et «
You don't have to be what's what to know who's who ». Vous noterez également le pont musical magnifique.
08/10

05. Vulnerable
Une belle ballade, qui prend toute son ampleur après plusieurs écoutes. Un personnage public peut-être vulnérable, et Neil Tennant le confirme en comparant ce titre avec « Voyage Voyage » de Desireless !
09/10

06. More than a dream
Un des titres les plus efficaces de l’album, tant au niveau des couplets que du refrain. Il pourrait triompher dans les boîtes de nuit pour jeunes délinquants.
10/10

07. Building a wall
Charmante chanson, un peu expérimentale, faisant notamment référence au mur de Berlin, et dialogue sympathique entre Neil et Chris : « Protection ! Prevention ! Detection ! Detention !
There's nowhere to defect to any more ! ».
09/10

08. King of Rome
Un nom puissant pour la chanson la plus douce de l’album, la plus planante. Les romantiques apprécieront.
08/10

09. Pandemonium
La plus puissante de l’album, elle donne la pêche ! Le refrain est délicieusement accrocheur, et on ne s’en lasse plus. Elle ferait un « simple » idéal…
10/10

10. The way it used to be
Les mots me manquent pour décrire cette merveille.
10/10

11. Legacy
Le générique de fin de l’album, avec ses percussions et son côté épique, qui s’en prend en fait au dernier discours de Tony Blair en tant que Premier Ministre.
09/10

Bilan : Un très bon cru, peut-être moins léché musicalement que son prédécesseur plus sombre, Fundamental, mais qui remplit parfaitement sa mission d'opus rafraichissant. Une moyenne générale bien supérieure à celle de mes étudiants, qui feraient bien de s'en inspirer !

Parlez-en autour de vous, Fantaroux sera content.

Riton.

Posté par Fantaroux à 19:26 - Billets d'humeur - Commentaires [3] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

18 mars 2009

Absentéisme (bis bis)

messagegr_ve2

Posté par Fantaroux à 00:56 - Annonces au lectorat - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

11 mars 2009

La route du Sud (2/4)

J’allais partir à la plage ! Ha ha ha ! En plein mois de février ! Pendant que tout le monde se ridiculiserait au Grand Bornand, à Super Besse ou à l’Alpe d’Huez, j’irais nager dans les eaux bleues et tranquilles de la Méditerranée.
Ma place avait été réservée pour le lendemain soir. J’avais fini par trouver un numéro de téléphone grâce à la référence du minitel et j’étais tombé sur un homme d’âge mûr et très poli qui m’avait donné tous les renseignements. Je serais logé dans une luxueuse villa à deux pas de la plage, bien assez grande pour contenir les trois enseignants ayant répondu à l’appel. Il m’expliqua que l’annonce n’avait été que très peu répandue pour que les plaisanciers en profitent un maximum. Sans doute était-ce aussi un peu honteux d’y répondre, mais je n’avais rien à perdre… d’autant que le prix était étrangement peu élevé pour un séjour de sept jours.

Bien sûr, je trouvais cette histoire un peu louche. Un microclimat ? Y avait-il une espèce de savant local assez fou pour avoir réalisé ce rêve ? Bah, je verrais bien sur place. J’avais besoin de me changer les idées, d’autant plus que mes recherches sur « les vaches aztèques et la presse écrite des années 1900 » n’avançaient plus depuis des lustres. J’étais au point mort et commençais à désespérer de trouver des témoins à questionner. Si une tasse de verveine arrivait à me ragaillardir par instants, un bon bol d’air me ferait le plus grand bien !

Le soir, je préparais ma valise en prenant garde de ne rien oublier. Je la refermais après y avoir glissé un maillot de bains moulant (rose bonbon), des lunettes de soleil, un tube de crème solaire extra forte, une moumoute de bain (comprenez par là une vieille moumoute usagée qui ne risque rien), quelques serviettes, une chemise hawaïenne, une chemise tahitienne, une chemise à carreaux, une chemise où j’avais glissé quelques dissertations à corriger pour me donner bonne conscience, un pantalon de golf (à la Tintin), un short, un bermuda, quelques slips et chaussettes parmi les moins honteux de ma garde-robe, une trousse de toilette, une trousse de secours, un stylo bille rouge pour corriger les copies, un roman à l’eau de rose, un roman policier, un gros pull pour les soirées fraîches, et quelques broutilles supplémentaires. Le strict minimum.

Le soir, je préparais ma valise en prenant garde de ne rien oublier. Ah non, ça c’est déjà fait.
La nuit, je rêvais que j’étais en pleine mer, entouré de sirènes et de dauphins, en train de nager vigoureusement tel un athlète complet. J’arrivais alors à la nage devant mes étudiants qui, eux, étaient à la neige, frigorifiés avec leurs maillots de bain en me suppliant de leur trouver des vêtements. Le plus véhément était le jeune Baptiste, qui avait fait un exposé lamentable sur « la révolution de 1848 chez les cigognes alsaciennes ». Et je riais, je riais, protégé que j’étais par mon enveloppe de soleil.

Je riais encore, mais réellement cette fois, en pensant à ce rêve idiot dans le train. Une vieille dame acariâtre, sans doute une inspectrice des impôts à la retraite, me regarda alors d’un œil mauvais, et je me sentis seul. Qu’à cela ne tienne, me dis-je alors, en bon adepte des expressions bizarres… je n’en ai plus pour très longtemps ! Dans deux heures, j’arriverai à la gare de Coccinelle-la-Jolie, et on me conduira à la villa… à moi les vacances !

A suivre…

Posté par Fantaroux à 00:38 - Enquêtes et Anecdotes - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

04 mars 2009

La route du Sud (1/4)

Un beau jour, ou peut-être une nuiiiiiiiiiiit… Pardon, je vais éviter de me prendre pour Barbara. Un beau jour, donc, ou peut-être une nuit mais je ne pense pas car j’y voyais clair mais je ne vais pas rentrer dans les détails sans cela je vais faire des phrases à n’en plus finir et vous aurez le souffle coupé ce qui me dérangerait énormément il faut bien le dire car je prends soin de mes lecteurs même si j’en ai pas l’air à première vue et surtout s’ils sont asmathiques, je me trouvais tranquillement chez moi, avachi sur un fauteuil dépliant de luxe. Soufflez fort et reprenez la lecture dans cinq minutes.

Nous étions en plein mois de février, au moment des vacances scolaires. J’imaginais alors toute cette bande d’ahuris, tous ces garnements qui me servaient d’élèves, s’en aller tout guillerets, en chantonnant tels des oiseaux à l’orée du printemps, faire du ski avec des amis, embarqués dans une 205 GTI tenant à peine la route tant elle était usée. Aucune vision ne m’était plus atroce ! Je les voyais comme si j’y étais, sur les pistes avec leurs accoutrements ridicules, qui les rendaient similaires à des bibendums à bonnets, essayer de tenir tant bien que mal sur deux planches de bois bricolées à la hâte dans la cabane du plus bricoleur de la bande, et ponctuer chaque chute d’un deux par des rires gras. Le soir, les garçons devaient lamentablement tenter de draguer les minettes autour des tartiflettes et autres raclettes, et ces demoiselles les ignorer platement, trop occupées à surveiller leur poids.

En pensant à ce spectacle apocalyptique de la déchéance humaine, je déprimais à moitié en avalant une camomille fortement infusée et très peu sucrée. Je n’avais pas voulu délaisser ma verveine habituelle mais le supermarché s’était retrouvé en rupture de stock la fois précédente. Fortement infusé… heu, irrité… j’avais fait un scandale et j’étais reparti avec de la camomille en me disant qu’en plus de verveine, je n’avais pas de veine.
Enfin, vous voyez le topo, pendant que mes paresseux élèves s’offraient du bon temps aux sports d’hiver alors qu’ils n’en avaient pas besoin, moi je restais là à m’agacer à cause d’une infusion. J’avais le moral dans mes chaussettes noires avec des petites tâches vertes dessus.

Soudain, et si je dis soudain c’est que ça m’est arrivé soudainement, sans prévenir, de manière quelque peu inopinée et rapide, j’eus une idée de génie. Et pas la petite idée d’Eugénie, une quelconque servante des bas quartiers, non. Une grande idée, celle qui vous remonte le moral en moins de temps qu’il ne faut pour le dire et ici pour l’écrire.
Je m’étais rappelé d’une brochure ramassée à l’université, près d’une cafétéria, un jour où la curiosité m’avait poussé à regarder ce tas de petits papiers amassés n’importe comment.
A côté d’une invitation pour une soirée dansante sordide qui donnait la part belle à l’alcool et aux perdants (les britanniques disent loosers, ce me semble), se trouvait ce papier intriguant. Il disait :

« Vous êtes enseignants-chercheurs, enseignantes-chercheuses, et vous désirez partir en vacances d’hiver ? La montagne vous répugne car vous ne voulez pas côtoyer vos étudiants ?
Nous avons la solution ! Une petite plage discrète, au microclimat paradisiaque, vous attend au bord de la méditerranée ! N’hésitez-plus !
Pour plus d’informations, rendez-vous sur le 36 15 Chercheursplage ! »

L’époque était encore au minitel, oui, et j’étais bien tenté de l’utiliser. Je n’étais pas très à l’aise avec cette nouvelle technologie mais le message était aguichant, d’autant plus qu’il était accompagné d’une petite illustration du plus bel effet, montrant un paysage de mer paradisiaque où deux amoureux se doraient la pilule au soleil. En observant la demoiselle d’un peu plus près, je sus que ma décision était prise…

A suivre...

Posté par Fantaroux à 00:11 - Enquêtes et Anecdotes - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

25 février 2009

Le secret de l'aubépine

Tout à l’heure, je sortais d’un repas bien arrosé (par trois ou quatre seaux d’eau), le rituel du dimanche que l’on s’évertue à poursuivre même quand les temps sont durs (car quand ils sont mous c’est moins gênant). Un oncle généreux qui vous aide à faire les courses, une cuisinière hors-pair, qui si elle n’a pas inventé le fil à couper le beurre, aurait pu inventer le cordon bleu, deux autres convives de la famille proche et moi-même, et c’était parti pour un moment de bonheur comme on n’en fait plus.

Une fois passées les différentes étapes, celle des petits fours, du morceau de tourte, des six tranches de roastbeef avec haricots verts, pommes de terre sautées et champignons en accompagnement, des quatre morceaux énormes de fromages, et des deux desserts dénommés île flottante et tarte aux pralines, c’est avec un certain soulagement que j’arrivais à la ligne d’arrivée, ma petite verveine pour faciliter la digestion. Le tout commenté par Léon Zitrone évidemment ! Je ne vous cache pas que cette collation devait non seulement m’aider à me remettre de la nourriture engloutie (par trois mètres de fond dans mon estomac), mais aussi à faire passer les quelques boissons alcoolisées absorbées pendant le repas et qu’il convient de ne pas mentionner ici sous peine de voir la maréchaussée débarquer chez moi ensuite. Vous saurez seulement qu’il y avait de la liqueur d’aubépine, même qu’en fait non mais que ça m’arrange bien de le dire, car ça permet à l’histoire d’avoir un titre sympathique. Hic !

Après ce repas digne des menus des plus grands colloques internationaux de tous les temps, donc, voire interplanétaires si l’on veut exagérer un chouilla mais pas trop, j’eus une idée de génie. Plutôt que d’aller me reposer comme tout individu normal ferait, ou d’aller me promener comme tout individu normal mais un peu fou ferait, ou d’interpréter une chanson comme Léo ferait, et si je racontais une histoire à mes chers lecteurs ? Ha ha ha ha ha ! Ce rire nerveux était révélateur de mon état d’esprit à la fois guilleret et désabusé. De toutes façons, me dis-je, je suis en retard pour mercredi, il faut que je trouve quelque chose à dire, et l’envie de dormir m’aidera peut-être à mettre en éveil mon inspiration (c’est une phrase culte ça, qui si j’étais connu serait reprise dans les dictionnaires de citations, si si ! Non mais c’est vrai mince, ces phrases qu’on pense fantastiques parce qu’elles ont été prononcées par un artiste élevé à ce rang par de vils observateurs totalement partiaux, alors qu’elles pourraient avoir été inventées par le premier quidam venu, et qu’elles doivent même l’avoir été pour la plupart, eh bien moi ça me casse les bonbons et je le crie haut et fort ! Houuu, saperlipopette de saperlipopette !

Hum, bon, revenons à l’inspiration. L’alcool et la douleur stomacale se révèlent souvent être de véritables machines à histoires, il suffit juste de noter les idées au bon moment, et de les assembler par la suite. Ainsi, j’eus l’idée de vous raconter mon périple en Laponie du Nord un jour de grand vent, ou le jour où j’ai été récompensé pour « contribution à l’histoire de la musique » lors des Brit Awards, ou bien la fois où j’avais mis ma moumoute à l’envers lors d’un colloque sur le roi Dagobert, un grand moment qui avait fait rire l’assistance et qui m’avait fait passer pour un assisté. Bref, les idées fusaient comme un ballon de football sur un terrain humide (nouvelle phrase culte, et à ce propos je me rends compte que j’ai oublié de fermer la parenthèse tout à l’heure lorsque je me suis énervé, du coup j’en mets deux ici )).
Les idées fusaient oui (comme un ballon de football sur un terrain humide, ou pour ne pas me répéter sur un terrain détrempé, quoique ça ne colle pas car quand le terrain est trop gorgé d’eau le ballon n’avance plus), mais j’eus soudain la grande idée, celle qui allait à coup sûr me sauver du naufrage funeste de mes pensées tragiques et alcoolisées me faisant déblatérer n’importe quoi tel le maire de Champignac-en-Cambrousse, l’édile bien connu d’une célèbre bande dessinée que mon nègre officiel recommande aux incultes, j’ai nommé Spirou et Fantasio.

En fait, j’avais décidé de m’allonger pour calmer mon esprit et penser les yeux fermés. Le résultat, vous vous en doutez, fut que je m’endormis paisiblement… et voilà le secret de l’aubépine, cette vilaine empêche de raconter des histoires !

FIN.

Posté par Fantaroux à 01:19 - Enquêtes et Anecdotes - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

18 février 2009

Hold-up au Crédit Bulle (3/3)

« Vroum vroum piyoupiyoupiyoupiyoupiyoupiyou », voilà à peu près ce que pouvaient entendre les passants près desquels la voiture de police passait très vite avec son gyrophare clignotant et bruyant. Vous remarquerez au passage la retranscription parfaite de l’onomatopée de la course poursuite. On se serait cru au temps des cow-boys et des indiens, sauf que la neige remplaçait la poussière du sol, qu’on ne chevauchait pas de chevaux et que les braqueurs n’avaient pas de plumes. Réflexion faite, cela ressemblait plus au jeu des gendarmes et des voleurs de la cour de récréation. J’étais tout excité et n’avais qu’une envie, retrouver mes deux tortionnaires et leur faire « pif-paf ».

Mon cœur se mit à battre un peu plus lorsque nous aperçûmes la grosse voiture signalée par le témoin, à seulement quelques mètres de nous. Elle essayait tant bien que mal de s’accrocher à la route, mais on sentait que c’était peine perdue. La victoire était proche !
Visiblement, les bandits durent se dire la même chose car, tout à coup, contre toute attente et à la surprise générale, ils abandonnèrent leur véhicule et s’engouffrèrent dans une petite ruelle où nous ne pouvions les suivre. Visiblement, ils n’avaient pas de complice puisque leur grosse cylindrée alla s’empaler contre un mur en ne faisant, heureusement, aucune victime (je m’en voudrais qu’un tel drame se produise dans mes histoires).

C’est donc à pied que nous continuâmes la poursuite. Sans leurs pneus-neige et avec leurs chaussures de ville, les deux policiers étaient à présent à armes égales avec les deux fuyards, et ils glissaient tous en chœur, si bien qu’on aurait dit un quatuor de patineurs artistiques préparant un numéro. Pour ma part, je ne faisais pas le malin avec mes chaussures antiglisse car, si je ne jouais pas les Philippe Candeloro, les balles fusaient dangereusement et je n’avais rien pour me défendre. Soudain, malgré mon extrême prudence, l’une d’elles frôla ma tête et je me retrouvais sans moumoute, le visage bleu de peur.

Lorsque nous arrivèrent enfin au bout de cette maudite ruelle étroite et sombre, une surprise de choc nous attendait. Un choc, justement, s’était produit entre un des bandits et un petit pépé, qui étaient entrés en collision. L’autre avait continué sa course. Le premier policier partit à sa poursuite, et nous restâmes auprès des deux accidentés avec le deuxième. « Je me promenais juste tranquillement, annonça le petit pépé en nous regardant, l’air inquiet ».

Nous ne peinâmes pas à identifier le chef, qui grommela, impuissant et le regard mauvais, en enlevant sa cagoule. « Bon sang ! Jacques Motus !, s’écria le policier. Le leader du gang des jumeaux ! ». Nous avions visiblement pêché un gros poisson. C’est alors que les paroles saugrenues prononcées à l’intérieur de la banque prirent tout leur sens. « Son frère s’appelle sans doute Maurice, fis-je, sûr de moi ».
-Comment savez-vous ça ?
-Eh bien c’est simple, Jacques ici présent l’a appelé « bec à rot ». Je suppose que c’est en référence à Thierry Beccaro, le sémillant présentateur du jeu Motus.
-Ceci ne m’explique pas comment vous avez trouvé le prénom, ajouta le policier, un peu agacé.
-Facile, il suffit de penser à Maurice… ou Momo Motus… comme dans le générique du jeu !
-... Ha oui, tiens, pas bête ! Bien joué !
-Merci.

Au moment où nous tombions dans les bras l’un de l’autre, pour nous féliciter mutuellement, sous les yeux ébahis de Jacques et du petit pépé, le deuxième policier arrivait avec Maurice, menottes au poignet. Il était temps pour moi de conclure cette histoire :
« Tout est bien qui finit bien, mais c’est pas tout ça, j’ai une moumoute de rechange à trouver ! ».

FIN.

Posté par Fantaroux à 00:23 - Enquêtes et Anecdotes - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

11 février 2009

Hold-up au Crédit Bulle (2/3)

Les deux hommes étaient cagoulés et portaient tous les deux un gros blouson noir bien épais, ainsi que des gants de la même couleur. Pour un peu on aurait pu croire qu’ils se protégeaient simplement du froid, comme un quidam quelconque… seulement ils avaient chacun un pistolet à la main.

La suite se déroula comme dans les films, trop même, c’était presque décevant. Enfin je vous dis ça maintenant, mais je n’en menais pas large sur le moment. Mon visage devait être blême comme un emblème pale, ou pale comme un emblème blême, autant dire que j’avais peur peur.

Le plus entreprenant des deux s’approcha du guichetier en l’interpelant : « Hé toi, le gros ! Bouge tes fesses et aboule la monnaie ! Et pas de blagues, hein ! ». C’était vulgaire mais banal. Il avait son arme braqué sur lui et le pauvre homme qui, c’est vrai jouissait d’un certain embonpoint, suait à grosses gouttes en tapant la combinaison du coffre. Comme d’habitude dans ces cas-là, une vieille mamie imbécile se mit à paniquer et à pleurer comme une madeleine. Je sus plus tard qu’elle s’appelait comme ça, c’est ce qu’on appelle une coïncidence amusante. Pour la calmer, le deuxième larron se tourna vers moi en disant : « Vous là, le pépère aux chaussures trop petites, surveillez-là et faîtes la taire, sinon pif paf ! ».
Je ne sais pas ce qui m’avait le plus surpris entre le fait qu’il s’adresse à moi et le fait qu’il ait dit « pif paf », mais j’obéissais sans sourciller, et faisais de mon mieux pour calmer la mémé. Celle-ci se comporta en tigresse enragée et elle me mordit le petit doigt. Je dus me résoudre à l’assommer à moitié pour qu’elle se calme, ce qui au passage lui fit perdre son dentier. Cette violence inattendue me valut le regard stupéfait des autres otages et un compliment léger de la part du bandit.

Pendant ce temps-là, celui qui semblait être le chef finissait de rassembler les billets et assommait le guichetier d’un coup de crosse. Il courut ensuite vers la sortie en disant à son compère de se hâter. Enfin il ne le dit pas exactement comme ça, et je crus comprendre qu’il lui disait quelque chose comme « Magne-toi le fion, bec à rot ! ». Je croyais avoir mal entendu au départ mais je me trompais, et cette phrase s’avéra décisive par la suite.
Les deux gangsters prirent la fuite avant l’arrivée de la police. Un témoin raconta qu’ils s’étaient cassés la figure dans leur élan en quittant la banque, en oubliant le verglas, et qu’ils s’étaient ensuite engouffrés dans une grosse voiture en rouspétant. Puis ils avaient eu toutes les peines du monde à s’enfuir rapidement à cause de la chaussée glissante. « C’était un peu lamentable, ponctua-t-il ».

Lorsque la maréchaussée arriva quelques minutes plus tard, quelques minutes trop tard même, comme d’habitude, elle s’assura que tout le monde allait bien et demanda si quelqu’un pourrait reconnaître les deux braqueurs et aider à les rattraper. N’écoutant que mon courage et mon flegme de détective amateur confirmé, je levai la main, tel un cavalier prêt à charger l’ennemi.
Sans perdre une seconde, nous embarquâmes dans la voiture, les deux agents et moi. Avec nos pneus-neige, nous avions toutes nos chances de les rattraper…

A suivre…

Posté par Fantaroux à 00:00 - Enquêtes et Anecdotes - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

04 février 2009

Hold-up au Crédit Bulle (1/3)

Au moment où je prends la plume, cet épisode est – fort heureusement pour moi - de l’histoire ancienne, à ne pas confondre avec l’histoire contemporaine que j’enseigne. Rien de tel qu’un magnifique jeu de mot pour amorcer l’évocation d’un délicat souvenir !

C’était il y a deux ou trois ans, je ne sais plus (le souvenir a beau être traumatisant, il a le droit d’être imprécis). Toujours est-il que, sauf dérèglement climatique ou quatrième dimension, ce devait être en hiver, puisque je me souviens qu’il neigeait et que j’avais froid aux pieds. J’étais pourtant confortablement installé dans mon humble demeure, et le convecteur électrique, plus communément appelé radiateur par les faibles, était réglé au maximum. Mais rien n’y faisait ! Pas même la double paire de chaussettes et la bouillotte brûlante posée sur mes chaussons. Il faut dire qu’elle datait du temps de grand-maman et qu’elle n’était sans doute plus très efficace.

Pour essayer d’enrayer cette malédiction des pieds gelés, je décidais de tenter le diable en les mettant dehors. Je pensais qu’un peu de marche, et donc d’exercice, leur ferait retrouver une température agréable. Cela tombait bien, je devais me rendre à la banque pour retirer de l’argent. En effet, il fallait que je renouvelle ma cotisation annuelle à l’Association des intellectuels historiens de France, une toute jeune entreprise me correspondant tout à fait, mais présidée par de vieux bougons qui n’acceptaient que l’argent liquide. Cela tombait bien aussi, mais là je parle de la neige sur la chaussée.

Emmitouflés dans un parka La Redoute, offert par Fisseuton à Noël, ma moumoute d’hiver (bien chaude car rembourrée) et moi-même sortions dans la rue pour affronter le froid polaire et ses flocons de neige rebelles. De plus, pour éviter de trébucher comme un malpropre sur le verglas comme la plupart des passants, je m’étais muni de chaussures antiglisse toujours aussi efficaces, bien qu’un peu petites car elles dataient de Mathusalem, c’est-à-dire de ma classe de neige à l’école primaire. Aaaah, le voyage scolaire à Tignes ! Quel merveilleux souvenir ! Je me rappelle que la monitrice était à tomber par terre, et elle l’était tellement que je n’arrêtais pas de me casser la figure avec les skis. J’ai encore en mémoire le son de sa voix, si douce, si charmante, et tout aussi plaisante que la Tomme de Savoie. Et les paysages somptueux, et la rencontre inopinée avec l’équipe de France de football qui effectuait déjà des stages là-bas, un grand moment je vous dis ! J’étais rentré à la maison avec les Bleus dans la tête, et des bleus sur le corps aussi, à cause des chutes. Mais je m’égare, je m’égare ! Retournons sur le sentier de la banque.

Il n’y avait pas foule au Crédit Bulle ! Une conséquence du mauvais temps, me disais-je avec raison (j’ai toujours raison de toutes façons). Tant mieux, j’allais pouvoir rentrer plus vite, quoique la chaleur ambiante incitait plutôt à rester. Lorsque j’étais rentré dans le bâtiment, ça avait été la Blitzkrieg. La buée avait envahi mes lunettes plus vite que les Allemands la France en 40 ! Oui, bon, je sais, cette référence n’est pas du meilleur goût mais elle n’intervient pas par hasard. Sachez que je ne fais jamais les choses à moitié, et que je vais toujours au moins jusqu’aux trois quarts.
Tout cela pour dire que soudainement, j’entendis hurler : « Haut les mains ! ». Surpris de ne pas entendre la suite de la blague, le très célèbre « Peau de Lapin ! », je compris rapidement que celui qui avait lancé cette phrase n’était pas un farceur. Et je commençais alors à regretter le temps béni où mon seul souci était de décongeler mes pieds…

A suivre…

Posté par Fantaroux à 00:47 - Enquêtes et Anecdotes - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



Page suivante »