Miss Sorbonne inaugura. C’était une charmante brunette, ma foi, et ses idées pour l’environnement étaient très bonnes, pour ne pas dire aussi ravissantes qu’elle. Mon voisin de table, le philosophe, visiblement illuminé, me parla de son bonnet alors qu’elle n’en portait pas sur la tête.

Arrivait ensuite Miss Valéry, qui s’appelait, et c’était fort à propos, Valérie. Sa blondeur et sa poitrine généreuse cachaient bien sa passion pour la question des sans abris. Elle proposait qu’on leur fasse une place dans les grandes demeures mais « si les valets rient, les propriétaires n’en font pas autant », nous disait-elle.

Miss Montaigne suivait dans la foulée et, loin d’être une teigne, elle séduisait avec son sourire angélique mais surtout avec ses solutions bien senties sur le problème du chômage. Elle avait chômé dur et elle était prête à soulever des montagnes !

La première pause publicitaire nous fit le plus grand bien, car la majorité de la gent masculine présente dans la salle ressentait un grand besoin de s’éponger le front. Je fus pris d’un fou-rire en pensant aux deux chroniqueurs mondains, qui s’appelaient Bob et Eugène. « Quand Eugène sue, me disais-je, Bob l’éponge ! ».

A la fin des réclames, c’est-à-dire vingt-cinq minutes plus tard, Jacques-Gérard Foucault reprit la parole et la laissa très vite au reste des candidates, à commencer par Miss Nanterre.
Cette dernière avait des propositions pour enterrer les difficultés financières du pays. A la vue de ces longs cheveux ondulés, beaucoup devinrent subitement passionnés d’économie.

C’était ensuite au tour de Miss Sophia-Antipolis de faire sensation avec ses idées hors du commun. Sophie, c’était son prénom, était plutôt anti-police. Elle critiquait fermement certaines attitudes de la maréchaussée, notamment envers les minorités, et prônait un certain nombre de réformes. Elle fut très applaudi, tant pour son discours poignant que pour son décolleté chic.

Quelques minutes plus tard, Miss Descartes s’écartait poliment après avoir convaincu, du haut de ses talons et de sa robe soyeuse, les spectateurs et téléspectateurs de se méfier des charlatans exerçant la cartomancie. Passionnée de belote, elle ajouta qu’elle savait compter jusqu’à trente-deux sans se tromper. Nous sourîmes, sauf le philosophe, qui n’avait rien compris.

Après cela, Miss Diderot dit deux mots sur son engagement humanitaire. Il ne lui était pas nécessaire de parler pour être observée. Son nez, sa bouche, sa coupe de cheveux, son front, ses oreilles, ses genoux et son avant-bras gauche suffisaient à attirer l’attention. A noter que ce moment fut mis à profit par le maître de conférences qui, visiblement en proie à l’alcool, nous gratifia de deux rots pétaradants. Ce fut le seul incident notable de la soirée.

A suivre…