07 janvier 2009
L'histoire de la désunion (1/3)
Lundi
31 février 2015, Paris, 10h. Confortablement installé dans mon lit
douillet, je décide de retarder mon réveil de 10 minutes. Une fois
cette durée écoulée, je prends la courageuse décision de mettre mes
lunettes, mais d’attendre dix minutes encore avant de me lever
complètement. Il est 10h20, ma moumoute est confortablement installée
sur mon crâne douillet, et je suis levé. Je viens de m’accorder une
grasse matinée supplémentaire après celle du week-end.
Le
lecteur attentif aura remarqué que la date à laquelle est supposé se
dérouler le récit est, d’une part postérieure à notre époque, et
d’autre part totalement incohérente, ce qui pour une anecdote supposée
authentique n’est pas banal. La raison de cet habile stratagème est que
je ne tiens pas à ce que la personne que je vais mentionner dans
quelques minutes, si ce n’est quelques lignes, ne se reconnaisse, étant
donné que je me paye sa tête. Pour cette raison, diverses informations
de cette histoire seront fictives mais il vous suffit d’imaginer que
quelque chose de semblable, ou à peu près, m’est arrivé dans le monde
réel, celui de la vraie vie. Ce n’est pas très compliqué, et j’espère
bien sincèrement que votre cerveau y résistera.
Lundi 31 février
2015, Londres, 9h (la même heure qu’à Paris en fait, avec le décalage
horaire dû au fait que la recherche française a toujours un temps
d’avance, en l’occurrence une heure, sur la recherche britannique).
David Godel, traducteur de son métier, mariée à une belle écossaise
(oxymore) et père de deux enfants dont on se fiche des prénoms car ils
n’interviendront pas dans le récit, est déjà debout depuis trois
heures. Il travaille sans relâche sur l’adaptation en anglais d’un
ouvrage français, un très bel ouvrage d’ailleurs, puisqu’il s’agit du
premier opus que j’ai consacré à l’histoire de la désunion, autrement
dit de manière moins pompeuse (mais plus accessible, et l’intellectuel,
de base ou confirmé, déteste ce mot et s’efforce toujours de donner des
titres incompréhensibles à ses ouvrages pour décourager les incultes),
l’histoire des divorces.
Attablé à sa table de travail (et non
pas accolé à son col de chemise, ce qui ne voudrait rien dire), David
est à la peine. Il a beau être un polyglotte accompli, il n’a pas
forcément en tête toutes les subtilités de la langue française, et
sèche par exemple sur un grand nombre d’expressions employées par Bibi,
j’ai nommé moi-même.
Fort heureusement pour lui, mais je ne sais
pas pour moi, mon éditeur a eu l’idée de lui donner mon adresse
postale. Au moindre problème, David n’hésite pas à me contacter et à me
demander des clarifications. Là-dessus, je n’ai pas à me plaindre. Ce
brave garçon est très consciencieux et je suis persuadé que le résultat
final sera de grande qualité et contribuera à étendre ma gloire
outre-Atlantique et dans tous les pays où l’anglais est une langue
capitale, c’est-à-dire quasiment partout.
Seulement, la limite est
parfois floue dès lors qu’on parle d’une personne appliquée ou d’un
casse-pieds. Il est en effet 14h à peine lorsque David Godel se décide
à m’envoyer une 47ème lettre recommandée en trois semaines.
Au même moment, à Paris, Timothée, mon postier habituel, me distribue la 46ème.
« Ah Monsieur Riton, encore une lettre de votre ami anglais, je crois bien. »
«
Une relation professionnelle, mon brave, une relation professionnelle.
», répondis-je en soupirant et en commençant le décachetage de
l’enveloppe. Que me voulait cet olibrius cette fois-ci ?
A suivre…