29 avril 2009
La route du Sud (3/4)
Coccinelle-la-Jolie est un village qui
mériterait, à l’instar de Grateloup, Cassaniouze ou Arnac-la-Poste, de
figurer dans l’Association des communes de France aux noms burlesques
et chantants, authentiquement fondée en 2003. Malheureusement, lorsque
je mis les pieds sur le sol coccinellien, je dus très vite déchanter.
La pluie et le froid étaient arrivés avec moi… Une chance, j’avais
gardé mon imperméable le temps du voyage et je commençais à me dire que
je n’allais pas l’enlever de si tôt.
Un taxi m’attendait
patiemment, à l’arrêt, mais c’est normal pour une voiture d’attendre
patiemment. L’homme qui était à l’intérieur, le chauffeur en gros,
m’avait hélé en me montrant une pancarte avec mon nom, comme dans les
aéroports. Pour un peu, je serais passé sans le voir, désorienté que
j’étais par la vue du mauvais temps. Il avait deviné que ce devait être
moi à la vue de mes bagages. En effet, j’étais le seul voyageur à
porter une si grosse valise à cette période de l’année, et j’avais tout
sauf l’air d’un autochtone.
Durant le trajet, nous parlâmes de
la pluie et du beau temps, enfin surtout de la pluie, avec le
chauffeur, qui s’appelait Christian, et qui ma foi était bien brave.
J’appris alors avec effroi que ce mauvais temps s’était installé depuis
maintenant trois jours dans la région.
« Oh oui c’est un vilain temps, ça, Monsieur ! Mais au moins, là où je vous emmène...
-Le soleil brille !!! lançais-je spontanément, rassuré et enjoué ! »
Il fit un petit regard surpris.
«
Ah, ça j’en sais rien, dit-il, mais vous serez en bonne compagnie ! Je
ne les connais pas mais ils ont l’air de bien s’amuser, je les écoutais
ricaner lorsqu’ils m’ont téléphoné ! »
Je réalisais soudain que je
ne m’étais même pas renseigné sur mes deux compagnons de vacances. Je
les connaissais peut-être, après tout. Le monde est petit dans le
milieu universitaire. Une légère appréhension m’envahissait alors à
l’idée de tomber sur certains casse-pieds. Bah, j’allais bientôt être
fixé…
Christian s’arrêta devant un portail aussi gris que les
nuages du ciel. Il klaxonna à plusieurs reprises et, quelques instants
plus tard, nous pouvions pénétrer dans la cour. Le lieu était imposant
et à l’abri des curieux grâce à une enceinte murale assez haute. La
verdure dominait allégrement le paysage. Assez glauque et humide
compte-tenu du temps, il devait être magnifique à la pleine saison.
C’est
justement ce « il devait » qui m’inquiétait un peu. Le microclimat
annoncé était une chimère, j’en prenais maintenant pleinement
conscience. Mes jolies chemises ne serviraient pas, et j’allais devoir
ruser pour ne pas me faire avoir davantage. Toutefois, un élément me
rassurait, c’est l’état de villa. Vue de l’extérieur en tout cas, elle
était magnifique. Peut-être ses occupants avaient-t-ils un soupçon
d’honnêteté ? C’est ce que j’espérais sincèrement.
Un homme
s’approcha alors de nous, c’était sans doute lui qui avait ouvert le
portail. Il portait une casquette et je ne le reconnus pas tout de
suite. Mais lorsqu’il fut à deux mètres de moi et releva la tête en
riant de tout son sou, je reconnus Gontran des Capucines, mon collègue
spécialiste des chambres à air gastéropodes du Népal amérindien, qui
m’avait invité à déjeuner lors de l’épisode malheureux du lotus rose. «
Comment vas-tu Riton ? dit-il en me tapant sur l’épaule.
-Ha ha ha ! On savait que tu mordrais à l’hameçon ! »
L’homme
qui avait dit ça se tenait sur le porche d’entrée et il n’était autre
qu’Arthur de la Brave-Vache ! La folle équipée du lotus rose était de
nouveau réunie…
A suivre…