06 mai 2009
La route du Sud (4/4)
« Ha ha ha ! On savait que tu mordrais à
l’hameçon ! », répéta Arthur, qui commençait à radoter à cinquante ans
à peine. J’étais bien triste pour lui mais je lui répondais qu’il
l’avait déjà dit, et qu’au surplus nous n’étions pas à la pêche.
« Ha ha ha ! fit-il. Tu fais pourtant un gros poisson… ou plutôt… un sacré pigeon ! »
Il
commençait à m’énerver avec ses « ha ha ha ! » à répétition, et son
humour idiot. Gontran, qui me connaissait depuis plus longtemps, s’en
aperçut et proposa de me conduire jusqu’à la chambre où je devais
loger.
« J’emmène le poisson-pigeon de Coccinelle dans sa chambre !
-Ha ha ha ! »
En
chemin, il m’expliqua toute la supercherie. Il avait hérité de cette
magnifique demeure depuis peu, et avec le concours d’Arthur, il avait
décidé de me jouer un tour. Etant donné qu’il savait que j’étais un des
seuls enseignants-chercheurs à regarder, souvent par dépit, les
différentes brochures publicitaires près des machines à café, il avait
fait glisser un prospectus mensonger près de la machine de mon
département (pas le géographique mais l’universitaire, hein, je dis ça
pour les ignares), en espérant attirer mon attention.
C’était réussi
et, bien qu’un peu vexé de m’être fait rouler comme un débutant, je
finissais par prendre cela à la rigolade, et je me disais que,
finalement, cette semaine de vacances ne serait pas plus désagréable
qu’une autre, en compagnie de ces deux farceurs des Carpates.
Effectivement,
je ne fus pas déçu. Il se trouve que Gontran avait équipé la villa de
fort belle manière, et qu’elle offrait un confort des plus
confortables, et un plaisir des plus plaisants pour les plaisanciers
que nous étions.
La fin de cette première journée, nous la
passâmes à jouer au billard, ce qui nous donna l’occasion de réutiliser
nos vieilles queues. Ce fut très sympathique.
Le lendemain soir,
nous profitâmes de la piscine chauffée qui se trouvait à l’intérieur de
la villa. Je me revois, avec mon maillot rose bonbon, poursuivre à la
nage mes deux chapardeurs de compères qui avaient chipé ma moumoute de
bain. Plus agréable, je me souviens également des trois jolies
créatures que Gontran avait eu la bienveillance de faire venir à nos
côtés, et qui auraient appris à nager à un manchot cul-de-jatte ayant
peur de l’eau. Vous excuserez cette remarque grossière, mais elle me
permet de ne pas évoquer les événements encore plus grossiers qui se
produisirent en fin de soirée. Ils nous donnèrent eux aussi l’occasion
de réutiliser nos… enfin, heu, hum, voilà voilà, hé hé.
Chaque
jour passa très vite, tant nous nous amusions. Un après-midi, alors que
je sirotais tranquillement une verveine au bord de la piscine, vêtu de
ma chemise hawaïenne et de mes lunettes de soleil, comme dans les
films, j’en profitais pour discourir de mes recherches sur les vaches
aztèques avec Arthur, le spécialiste des vaches laitières des plaines
du pôle sud, comme chacun sait s’il suit ce blog. De bon conseil,
l’homme me redonna vite confiance. Je me permis d’ailleurs une petite
blague, en espérant lui arracher un de ses « ha ha ha ! » dont il a le
secret. Bien lancé, et sûr de mon jeu de mot, je lui confiais que
j’étais heureux d’être venu en train pour retrouver deux
boute-en-train.
Cela ne le fit pas rire. Bah, ce n’était pas cet échec qui allait freiner mon entrain, si j’ose dire.
Le
moment tant redouté des adieux arriva. Je remerciais mes deux collègues
pour ce séjour étonnant et inoubliable à Coccinelle-la-Jolie.
Ragaillardi, j’étais fin prêt à retrouver mes étudiants.
Le
lendemain, je donnais un cours à une bande d’hurluberlus, qui étaient
tous bronzés du visage sauf au niveau des yeux, et qui sentaient encore
le fromage fondu.
FIN.
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