10 juin 2009
Le postiche (1/3)
Vous n’êtes pas sans savoir que j’ai en ma
possession une moumoute, de premier choix d’ailleurs, importée de chez
de Raoul Poileucaillou, le spécialiste des faux-cheveux installé à
Montaxy. Ce postiche fait désormais partie de moi, et il est du reste
devenu un des signes caractéristiques de ma personnalité. Riton
Lacapuche, c’est un enseignant-chercheur, un cœur qui bat, deux jambes
et autres calembredaines anatomiques, mais avant et par-dessus tout une
moumoute !
Bien sûr, j’ai essayé de la dissimuler comme j’ai pu au
début, comme tout néophyte de la postiche qui se respecte. C’était sans
compter sur les coups de vents intempestifs, les tempêtes venteuses, ou
les jours de distraction, qui bien des fois me firent arriver à la
faculté avec la moumoute de travers ou à l’envers.
Depuis, j’ai
appris à vivre avec, et elle me sert d’arme psychologique. Parfois,
certains étudiants, horrifiés, la voient hanter les couloirs de
l’université, la veille d’un cours avec moi, et ils s’enfuient
épouvantés. « Houuuuu, je suis la moumoute de Ritooooooooon, je veille
à ce que tu prépares bien ton exposéééééé, vil cheveluuuuuu ! » Le
délire de mes étudiants drogués va parfois très loin.
Si je vous
parle de ma moumoute de luxe, l’élément primordial de mon apparat
personnel, c’est parce que cet objet est au centre de l’enquête que
l’on m’a confiée pendant les grèves. Eh oui, pendant que mes étudiants
saugrenus et certains de mes confrères manifestaient dans la rue, le
brave et honnête citoyen que je suis aidait un contemporain dans
l’embarras.
David Maramille, un jeune collègue rencontré lors d’un
colloque sur les aspirateurs mexicains à ventricule réfrigérant, a lui
aussi investi très tôt dans un postiche, suite à un problème persistant
de chute des cheveux, rencontré par un grand nombre de malheureux dont
on ne parle pas assez. Or, il y a bientôt deux mois, alors qu’il
marchait tranquillement dans la rue, un agresseur plein de graisse
l’agressa. Le gros malfrat, dissimulé derrière un masque, lui arracha
sauvagement la moumoute et, pris d’un rire démentiel, il s’enfuit à
vive allure.
Le hasard avait fait que ce crime avait été commis
à quelques pas seulement de chez moi. David s’était alors empressé de
venir me raconter ce qui s’était passé. En bon camarade, je lui prêtais
une moumoute de rechange et lui promettais de l’aider à retrouver son
bien.
Qui pouvait bien s’intéresser aux moumoutes plus qu’aux portefeuilles ? Le mystère était entier.
Le
lendemain, je faillis recracher ma verveine sur mes tartines beurrées.
Je venais de découvrir dans le journal qu’un autre vol de moumoute
avait eu lieu dans la même journée. L’homme masqué et son embonpoint
avaient récidivé ! La victime était un présentateur de télévision que
je ne peux voir ni en peinture, ni à l’écran, et je me disais que ça
lui était bien fait, ce qui est mal mais humain. Tout de même, me
disais-je, cela devient grave. Je commençais même à m’inquiéter pour ma
propre moumoute. Après avoir rassuré cette dernière en lui donnant un
coup de peigne, je finissais de me préparer et partais pour mon bureau
à l’université, que nous avions décidé de transformer en QG avec David,
le temps des grèves. J’emportais le journal avec moi, en espérant qu’il
nous aiderait dans notre enquête.
Le temps dehors était
agréable, mais le vent soufflait assez fort, et ma moumoute était
repérable, ce qui ne me rassurait guère par les temps qui courraient,
ou au vu du climat du moment, comme vous voulez, mais assez parlé de
météo.
Alors que j’approchais du campus universitaire, je vis
soudain s’approcher de moi un gros plein de soupe, affublé d’un masque
de carnaval… j’allais devoir jouer serré…
A suivre…
Commentaires
Quel suspens !
Voilà qui sent le gang des postiches... :-))
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