Hier était une journée de mobilisation générale contre la réforme des retraites, et Fantaroux, inquiet pour ses vieux os, avait comme de bien entendu décidé de suivre le mouvement. Pour cette raison il n’a pas publié d’histoire cette semaine.

Prompt comme l’éclair de notaire, je profite de la circonstance pour évoquer un sujet qui me tient à cœur et qui déchaîne les passions en ce moment, j’ai nommé la Coupe du Monde de Football, ou, comme dirait Maradona - précurseur du jeu de main auquel Thierry Henry, moins heureux que lui puisqu’il a écopé du rôle de vilain, a rendu hommage lors du match contre l’Irlande -, la Copa del Mundo de la playa, olé ! Avouez que c’est plus guilleret.

Depuis le 11 juin, et jusqu’au 11 juillet, le passionné que je suis tente de prendre du plaisir en suivant assidument cet événement footballistique, censé être une véritable fête. Malheureusement, et je ne dis pas uniquement cela parce que c’est l’hiver en Afrique du Sud, le climat qui entoure la compétition est délétère, au point que l’on doit presque rappeler que footballistique ne mêle pas le football et la balistique, mais forme un tout a priori moins meurtrier.

Dès le début, on a vu deux buts et des buts, mais pas de quoi faire sauter sa moumoute en l’air, si vous me pardonnez l’expression. En cette période de matchs incessants, l’ex-pression fait d’ailleurs place à la nouvelle, très rapidement, et le supporter, à défaut de l’être de joie, finit tout de même par être ivre.

Cela dit, de belles surprises sont venues pimenter ce premier tour, comme la bonne forme des équipes sud américaines, la performance des États-Unis, chers aux cœurs des Cherokees, ou la résistance asiatique emmenée par les deux Corées (à l’exception du match édulcoré du Nord contre le Portugal) et le Japon, sélections pas forcément très brillantes mais exemplaires dans la combativité, contrairement à quelques grosses cylindrées européennes, suivez le regard de mon clavier.

L’élimination de l’équipe de France, justement, composée d’une majorité de jeunes coqs, pour le coup dignes de leur emblème, n’est qu’une demi-surprise sur le plan sportif. Elle a par contre tourné au ridicule dans le sens où les faits marquants les plus aberrants se sont déroulés en dehors du terrain. Championne du monde de la honte, la France l’est sans contestation possible, juste devant l’Italie, ce qui est un juste retour des choses… Nous avons gagné cette fois, youpi ! 

Cette stupidité sans nom qui s’est déclarée au sein du groupe France semble être au moins aussi contagieuse que la grippe A, hypothèse corroborée par la présence de Roselyne Bachelot au cœur de cette histoire. En effet, le monde des médias, à commencer par celui de la première chaîne avec ses pseudos-journalistes annonçant que la France rentre « la queue basse » du mondial et ses consultants à la solde du complot international des anciens de 1998 qui ont tendance à faire une fixette sur le sélectionneur national, Raymond La Science, arrive à être plus ridicule encore que les joueurs, le staff technique et la fédération réunis. C’est un bel exploit mais une triste nouvelle pour le monde animal, qui voit des tanches se moquer de chèvres.

Jusque-là rien d’anormal, me direz-vous, puisque hormis quelques rares exceptions, l’incompétence journalistique en matière de football a fait ses preuves depuis belle lurette dans notre pays où les vestes se retournent comme des chemises mal repassées.
Là où le bât blesse, c’est quand les instances politiques décident de se mêler de l’affaire, et amplifient encore un peu l’emballement médiatique nauséabond.

Je me dois d’intervenir et de m’imposer comme le sauveur de l’humanité, au minimum, en rappelant fermement qu’il ne s’agit que de sport. Quand je vois les réactions que cette nouvelle débâcle française (terme provocateur et volontairement exagéré, histoire de faire comme tout le monde) suscite, surtout venant de la part d’observateurs qui ne connaissent rien au football, je ne sais pas si je dois rire ou pleurer, mais je ne reste pas indifférent.

Bon, je m’emballe peut-être un peu trop car à la décharge du gouvernement et des médias – mettons tout le monde dans le même panier à salade – l’actualité n’est pas chargée du tout, et le football s’impose de fait comme un très beau sujet pour boucher les trous et éviter l’ennui. La réforme des retraites et la mobilisation générale qui en découle, les scandales républicains dignes des plus belles affaires des années trente, les catastrophes naturelles, la mise à la Porte de Didier et de Stéphane Guillon à France Inter, qui n’est en aucun cas une entrave à la liberté d’expression et n’émane surtout pas du monde politique, tous ces sujets ne font effectivement pas le poids devant l’échec sportif des Bleus.

Un terme résume ma pensée ce soir, c’est le mot écran. Plat, non-plat, neuf, vieux, grand ou petit, il est utile pour regarder les matchs où, quand ce n’est pas du pied, les joueurs s’entêtent à marquer de la tête en tentant crânement leur chance. Politico-médiatique, il est moins sympathique, cet écran. Finalement, je vais continuer à la regarder cette Coupe du Monde, car sportivement, ce n’est pas si mal… Les cancres sont passés à la trappe, les matchs à élimination directe vont commencer, les cadors vont se confronter à des outsiders méritants. Et si actuellement, cette compétition était la seule raison valable de vibrer un peu ?

Riton.