L'Américain emmena Riton faire un tour de ce parc avec ses attractions intellectuelles... Rencontrer ses idoles, en double ou triple exemplaire : rien n'était trop beau pour ce féru d'intelligence. Observer ces intellectuels en pleine réflexion, tantôt conversant entre eux, tantôt se réunissant en colloque improvisé pour changer le monde. Riton était aux anges : lors d'une joute intellectuelle dans l'Intellectual Arena entre Paul Valéry et François Mauriac, il se surprit même en train de pousser de petits cris de plaisir avec une main qui dérivait dangereusement sous la ceinture, mais eu tout juste le temps d'éviter l'indécence et la catastrophe.
-Oh oui, ils font ça bien à deux ! Qu'on en rajoute un troisième, ça va être chaud ! lança-t-il en brandissant sa moumoute fièrement.

La journée fut passionnante pour Riton, mais trop courte... elle dut s'arrêter à 18h à la fermeture du parc. Tout penaud, Riton aperçut une dernière porte qu'il n'avait pas encore poussée.
-Qu'y a t-il donc derrière cette porte ? Un nouveau délice littéraire ?
-Ce n'est rien, juste la cabane du jardinier ! Il ne faut pas y aller, il y a plein de choses coupantes ! C'est dangereux, rentrons, il est temps d'aller se reposer, vous avez eu une longue journée, il faut aller dormir !
-Fort bien.
Il en aurait fallu moins que ça pour attiser la curiosité de l'intrépide chercheur Riton Lacapuche. Sitôt couché, sitôt levé pour aller percer le mystère de la cabane du jardinier. Il saisit sa sacoche et se dirigea à pas feutrés dans le parc, la moumoute la première. Pas un bruit. Il arriva à la cabane... et poussa la porte qui était étrangement restée ouverte. Un escalier s'enfonçait dans les entrailles de la terre, il n'hésita pas une seule seconde et arriva dans une pièce où des centaines d'intellectuels étaient en train de travailler... Ou plutôt d'écrire ! Riton se fit discret, les observa longuement, puis parvint à atteindre une caisse remplie de manuscrits. Il en prit un au hasard et commença à lire et fut frappé par le niveau de langage et la profondeur de la réflexion, mais surtout par le caractère absolument inédit de tout ce qu'il lisait... et Dieu sait que Riton est incollable sur le sujet. Un deuxième, un troisième, puis un quatrième... Toujours le même constat ! Riton dut se frotter les yeux plusieurs fois pour se prouver à lui même qu'il ne rêvait pas. Que nenni, c'était un miracle !
Mais enfin pourquoi Franck n'en avait pas parlé ? Voilà qui était suspect. Il en savait assez pour interroger son ami dès le réveil.

Le matin il tenta d'aborder le sujet de manière très discrète :
-Cette nuit, alors que je cherchais à satisfaire un besoin naturel, je suis tombé dans un endroit fort étrange, de façon tout à fait fortuite, en cherchant le petit coin.
-Voyons Riton, vous en aviez dans votre chambre !
-Dans l'obscurité, on se perd facilement. J'ai découvert l'atelier d'écriture que vous cachez... et tous ces manuscrits, c'est incroyable ! Mais qu'est-ce donc ?
-Sacrebleu, il était certain que quelqu'un le découvrirait un jour. Je vous dois une explication : lorsque j'ai lancé ce projet de parc, il a fallu trouver une source de revenus sûre pour m'assurer le soutien d'investisseurs et de scientifiques renommés pour financer les travaux de manipulation génétique et d'entretien du parc. J'ai donc convenu de tirer profit de l'intelligence des clones afin qu'ils réalisent de nouvelles prouesses littéraires... et sachez que ça marche ! Bientôt la société sera inondée de nouveaux best-sellers, comme ceux d'avant guerre ! Et à moi le pognon !
-C'est diabolique ! Quoique assez savant ! Un nouvel âge d'or de l'intellectualisme français, j'y suis très favorable ! Allons signer de suite cette attestation ! Il faudra juste songer à ne pas mettre ces individus en contact avec la société, ça risquerait de corrompre leur esprit préservé des vices de la civilisation, et de tous ces programmes télévisuels et lectures de bas étage... Tenez, ça me fait penser... Qu'ai-je bien pu faire de ma sacoche et des lectures douteuses de Fisseton ? Impossible de me souvenir où je les ai laissées...

Soudain, un employé du parc fit irruption dans le restaurant de l'hôtel et s'écria :
-Venez vite, je crois qu'il s'est produit une véritable catastrophe, ils sont devenus fous !

A suivre...