Voici maintenant le moment tant attendu par les curieux qui se demandaient depuis quelques lignes dans quelle contrée lointaine et paradisiaque avait bien pu se tenir un tel colloque. Oubliez Bora-Bora et les Seychelles, Acapulco ou Biscarosse, et encensez Mulhouse, ville de culture et d’industrie par excellence, hautement prisée par le groupuscule intellectuel mondial qui inclut bibi.

Cette agglomération alsacienne guillerette était toute trouvée pour accueillir un événement centré sur le tchou-tchou et la vroum-vroum, étant donné qu’elle abrite, entre autres merveilles patrimoniales, la Cité du train, plus grand musée ferroviaire d’Europe, ainsi que la Cité de l’automobile, appelée à l’époque Musée national de l’automobile, et sa collection Schlumpf, à ne pas confondre avec la collection Schtroumpf de Fantaroux. C’était l’instant touristique de cette histoire.

J’étais donc heureux et motivé d’avoir à accomplir une mission sur cette terre conquise par l’intelligence, et mon état psychique se rapprochait de la jovialité lorsque je pénétrais dans la salle du colloque.
Plusieurs chercheurs étrangers étaient là, quelques anglais mais surtout un grand nombre d’allemands et de suisses, voire de suisses-allemands, ce qui s’expliquait par la courte distance entre Mulhouse et ses deux pays.

« Tiens mais c’est Riton ! Ça alors, quelle bonne surprise ! »
L’homme qui avait prononcé ces paroles n’était autre que Jules Huberlu, le collègue médiéviste avec qui j’avais vécu la douloureuse expérience de l’autocar*.
« Je suis étonné de te voir ici, continua-t-il. Ton nom n’est pas au programme !
-En effet, répondis-je tout en le saluant. Je suis venu incognito, si j’ose dire, en auditeur libre et curieux.
-Tu as bien raison, d’ailleurs j’ai fait la même chose ! Je suis pressé de savoir ce que mes collègues médiévistes ont pu trouver d’intéressant à dire sur l’automobile et le train !
-C’est sûr ! Tiens à propos de collègues, j’ai vu qu’Arthur de la Brave-Vache et Gontran des Capucines** étaient au programme. Tu ne les as pas croisés, par hasard ?
-Non, pas encore. Tu es la première tête connue que j’aborde !
-Très bien. Alors tes recherches, ça avance ?
-Pas trop mal, merci, et les tiennes ?
-On fait aller, merci !
-…
-…
-Bon, je vais aller faire le tour de la salle, pendant que tout le monde finit son café.
-Oui, moi aussi. A tout à l’heure ».

Cette discussion passionnante était à peine achevée, qu’un membre de l’organisation m’agrippait par l’épaule. Il me salua comme si de rien n’était et me fit un clin d’œil, avant de s’approcher furtivement de mon oreille pour me dire : « Soyez vigilent, si espion il y a, il est sans doute déjà là ». Il se redressât aussitôt et partit dans un éclat de rire, pour ne pas éveiller les soupçons et faire croire aux observateurs des alentours qu’il venait de me raconter une blague. J’étais impressionné par tant de professionnalisme.

Alors que je me livrais à un premier tour de salle, en saluant chaque personne que je croisais, j’essayais de repérer des comportements étranges. Mon œil vif s’appliquait notamment à regarder si chacun tournait bien son café, un geste que chaque chercheur digne de ce nom accomplit à la perfection. Ma concentration était à son paroxysme quand soudain, un bruit sourd vint interrompre mon enquête !

A suivre…

*Voir le spectre de l’autocar
**Voir entre autres le lotus rose et la route du Sud