« Montaxy me voici ! », fis-je en apercevant le panneau d’entrée de l’agglomération. Jean-Guy m’attendait sur le perron de sa maison rustique. Il me sauta dans les bras. A coup sûr il voyait en moi le sauveur espéré, il importait pour moi de ne pas le décevoir.
« Où as-tu garé ta voiture ? », m’interrogea-t-il.
« Mais… je suis venu en stop comme tu me l’avais demandé ! », lui répondis-je, tout interloqué que j’étais.
« Jamais de la vie ! Tu as mal compris mon message ! Je t’ai demandé de venir en auto, certainement pas en autostop. Tu auras oublié un instant que tu lisais un télégramme. Ah malheur de malheur ! »
Je faillis en perdre ma moumoute. J’avais agi avec une stupidité sans nom que je ne nommerai pas. Moi qui voulais lui en mettre plein la vue, j’en avais reçu plein le popotin. Tentant de rattraper le coup, je questionnai de manière hésitante : « Est… est-ce bien si grave ? ». Jean-Guy m’informa que le mystère auquel nous allions être confronté allait sans doute nécessiter l’utilisation d’une automobile. Or le dicton de Montaxy disait ceci : « Au village, sans prétention, il n’y a pas de circulation. Tu te démènes ou tu restes coi mais il faut quand même que tu marches au pas. ». C’était fâcheux. Nous allions devoir louer un âne au père Firmin, à la sortie du bourg. Vint enfin le moment tant attendu où Jean-Guy m’expliqua pourquoi j’étais là.

J’allais devoir l’aider à résoudre une énigme dont le point de départ se situait près de l’abbaye cistercienne de la région. Construite au 12ème siècle, elle était également le tombeau d’Hubert Laubépin, prédicateur de l’époque et grand artisan de sa construction. Or Jean-Guy, dont le nom vous aura indiqué qu’il était descendant d’Hubert, avait constaté avec effroi que sa tombe avait été saccagée. La profanation consistait en une énorme trace de pas en plein centre de la pierre tombale, une trace si grande que même le grand Gégé qui mesurait du 52, n’avait aucune chance d’être mis en cause ! Dieu soit loué, les traces du mystérieux visiteur étaient si volumineuses qu’on pouvait les suivre. Très vite nous arrivâmes à la sortie du bourg, où je compris très vite l’utilité qu’aurait eu mon automobile.
La solution de secours était donc celle des ânes du père Firmin. Jean-Guy et moi allâmes trouver ce brave homme, qui en échange de quelques piécettes, nous loua un âne nommé Bouloche. J’eus tout de suite l’impression que Bouloche et moi nous entendrions bien, dès l’instant où il me lécha l’oreille en guise de bienvenue. Malgré son air bêta, il semblait d’entrée m’apprécier, ce qui est gage de qualité.

C’est donc à dos d’âne que nous suivîmes une route pleine d’embûches, à commencer par des dos d’ânes. Les traces de pas nous menaient à travers un petit chemin sentant la noisette et les excréments de vache. Soudain, les traces s’arrêtèrent net. Ce n’était pas un lac qui avait effacé les traces, ni même un ruisseau et encore moins un océan. Non, c’était tout simplement une montagne. Il allait falloir grimper une falaise ardue. C’était ce que certains qui utilisent un jargon vulgaire appellent une tuile.
2 heures plus tard, le temps de rentrer au village et de charger Bouloche (de matériel), nous étions de nouveau au pied de ce qui allait nous servir de mur d’escalade. Je n’étais plus monté depuis la classe de 5ème, ce qui rendait ma tâche difficile à accomplir. Néanmoins, l’adresse de Jean-Guy et son aisance à expliquer les belles choses de la vie, m’aidèrent rapidement à le suivre en rappel. Nous montions depuis quelques mètres quand soudain… ma moumoute s’emballa ! Je la sentis partir et eus tout juste le temps de la rattraper au vol, constatant en laissant échapper un « Beurk ! » qu’elle avait reçu une crotte de pigeon.
2 heures plus tard, le temps de redescendre, de rentrer au village pour se laver les mains et la moumoute, nous recommençâmes à grimper. Quelques mètres plus hauts que lors de notre précédente escapade, nous commencions à fatiguer, quand soudain…

A suivre...